Le Cameroun a été condamné par un tribunal arbitral de la Chambre de commerce internationale (CCI) à verser environ 616 millions de dollars à la société minière australienne Sundance Resources dans le contentieux relatif au projet de minerai de fer de Mbalam-Nabeba. Selon Reuters, qui cite un communiqué publié par l'entreprise le 27 juillet, cette somme couvre les dommages-intérêts, les intérêts ainsi que les frais de procédure liés au différend opposant le groupe australien à l'État camerounais.
D'après Sundance Resources, le tribunal arbitral a estimé que le Cameroun avait manqué à ses obligations juridiques envers la société et sa filiale camerounaise, Cam Iron SA, dans le cadre de leurs investissements sur le gisement de Mbalam-Nabeba, situé à cheval entre le Cameroun et la République du Congo. Le tribunal a également considéré que l'État camerounais avait violé la convention d'arbitrage en ne respectant pas l'ordonnance d'urgence rendue par la CCI en mars 2022, qui lui interdisait d'attribuer le permis minier de Mbalam à un tiers pendant la durée de la procédure.
Cette décision intervient dans un dossier portant sur l'un des plus importants gisements de minerai de fer encore inexploités en Afrique. Le développement du projet Mbalam-Nabeba repose sur un vaste complexe intégré comprenant une mine industrielle, plus de 500 kilomètres de voie ferrée reliant le site au port en eau profonde de Kribi, ainsi qu'un terminal minéralier destiné à l'exportation du minerai.
Un différend né de quinze années de blocages
À l'origine du litige, il y a la découverte, en 2006, d'importants gisements de fer dans la zone de Mbalam-Nabeba par Sundance Resources. Par l'intermédiaire de sa filiale Cam Iron, l'entreprise mène les travaux d'exploration et obtient progressivement plusieurs autorisations auprès des autorités camerounaises. Un permis d'exploitation est annoncé en 2010, mais sa mise en œuvre reste conditionnée à la mobilisation des financements nécessaires à la réalisation des infrastructures ferroviaires et portuaires.
Au cours de la décennie suivante, Sundance multiplie les annonces de partenariats avec plusieurs groupes chinois, notamment China Gezhouba, Tidfore Heavy Equipment puis AustSino, sans jamais parvenir à obtenir une décision finale d'investissement. Pour les autorités camerounaises, ces reports successifs traduisent l'incapacité du promoteur à concrétiser le projet.
Estimant que le développement du gisement ne pouvait plus être différé, le gouvernement camerounais décide, en 2021, de poursuivre le projet avec de nouveaux partenaires, parmi lesquels AustSino Resources et Bestway Finance, sans associer Sundance. La société australienne considère alors avoir été illégalement évincée d'un projet qu'elle affirme avoir développé pendant plus d'une décennie et saisit la Cour internationale d'arbitrage de la Chambre de commerce internationale.
Dans le cadre de cette procédure, Sundance réclamait environ 5,5 milliards de dollars au Cameroun, soutenant que l'État avait exproprié ses droits sur le projet et violé ses engagements contractuels. De son côté, le gouvernement faisait valoir que l'entreprise n'avait jamais réussi à réunir les financements indispensables et qu'il était donc légitime de rechercher de nouveaux investisseurs afin d'assurer la mise en valeur du gisement.
Cette condamnation intervient quelques mois seulement après un revers judiciaire essuyé par Sundance sur le versant congolais du même projet. En janvier 2026, un autre tribunal arbitral avait rejeté la demande d'indemnisation de 8,8 milliards de dollars introduite par la société contre la République du Congo dans le dossier de Nabeba, estimant que le retrait du permis d'exploitation était fondé. Les deux procédures demeurent toutefois juridiquement distinctes.
Dans son communiqué, Sundance souligne que " la République du Cameroun est désormais tenue de s'acquitter du montant de cette condamnation. Si le gouvernement ne procède pas volontairement au paiement des sommes accordées par le tribunal, Sundance devra engager les procédures d'exécution nécessaires afin d'obtenir le recouvrement de cette indemnisation ".
Perton Biyiha
Publié le 27/07/26 12:48
La Rédaction
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CEMAC