Deux pétroliers, deux interceptions, un même pavillon. Les navires Tagor et Smyrtos, tous deux présentés comme battant pavillon camerounais, ont été arraisonnés par les autorités maritimes européennes entre le 31 mai et le 14 juin 2026. Face aux répercussions internationales de ces affaires liées au transport de pétrole russe sous sanctions occidentales, Yaoundé s'efforce de démontrer que ces bâtiments ne relevaient pas de sa juridiction au moment des faits.
Dans un communiqué publié le 15 juin, le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, a indiqué que le Smyrtos (IMO 9389100) avait été radié du registre international camerounais depuis le 26 mai 2026 dans le cadre d'une opération d'assainissement du pavillon national. Selon le gouvernement, le navire ne bénéficiait donc plus du droit de battre pavillon camerounais lorsqu'il a été cité dans des affaires liées à la " flotte fantôme " russe. Yaoundé estime ainsi ne pouvoir être tenu responsable d'activités menées à l'aide de documents qu'il qualifie de frauduleux.
Quelques jours plus tôt, le 1er juin, les autorités françaises avaient intercepté dans l'Atlantique le pétrolier Tagor, soupçonné d'appartenir à cette flotte parallèle utilisée pour contourner les sanctions visant les exportations pétrolières russes. Selon Paris, le navire, en provenance de Mourmansk et à destination de Limbé, arborait un pavillon camerounais irrégulier. Son capitaine russe est poursuivi pour avoir refusé d'obtempérer aux injonctions de la marine française.
En réponse, le ministère camerounais des Transports a affirmé, dans un communiqué publié le 8 juin, que le navire ne figurait dans aucun registre officiel des bâtiments autorisés à battre pavillon camerounais. Le ministre a également dénoncé " l'utilisation frauduleuse et abusive " des attributs de la nationalité camerounaise.
Un registre sous surveillance
Ces incidents interviennent alors que les autorités camerounaises cherchent à assainir leur registre maritime. Le 6 février 2026, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a réuni les ministres concernés pour examiner la présence de navires liés à la flotte fantôme russe parmi ceux enregistrés sous pavillon camerounais. Les échanges ont notamment porté sur les conditions dans lesquelles certains bâtiments ont pu accéder aux registres nationaux.
Le ministre des Transports a alors évoqué l'existence d'immatriculations frauduleuses réalisées au moyen d'applications non autorisées. Dans la foulée, le gouvernement a suspendu jusqu'à nouvel ordre l'immatriculation des navires destinés à naviguer hors des eaux territoriales camerounaises.
Le 29 mai, cette opération d'assainissement a conduit à la radiation de 39 navires et à la dénonciation de 19 autres pour usage frauduleux du pavillon camerounais ou implication présumée dans des activités visées par des sanctions internationales. Parallèlement, Yaoundé a saisi les autorités britanniques et l'agence maritime britannique afin que la situation juridique du Smyrtos soit prise en compte dans les informations diffusées à l'international.
Perton Biyiha
Publié le 17/06/26 09:17
La Rédaction
SN
CEMAC