La hausse des rendements obligataires dans les économies avancées menace d'effacer les progrès accomplis par les pays en développement dans la maîtrise de leur endettement. C'est le constat dressé par Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), dans un entretien accordé à Reuters en marge du G20. Pour le Fonds, cette pression sur les coûts d'emprunt renforce l'urgence d'améliorer les mécanismes de restructuration de dette.
Selon le FMI, les rendements sont poussés à la hausse par l'augmentation de la dette mondiale, une inflation persistante liée à la fermeture prolongée du détroit d'Ormuz et une concurrence accrue pour les capitaux. Lorsque les taux montent dans les économies avancées, le service de la dette devient plus coûteux pour l'ensemble des emprunteurs souverains. Les obligations américaines à 30 ans ont atteint des niveaux inédits depuis près de vingt ans.
L'institution de Bretton Woods rappelle qu'en 2022, 60 % des pays à faible revenu étaient jugés en situation de surendettement ou exposés à un risque élevé. Ces acquis pourraient être remis en cause. Le FMI veut donc tirer les leçons des premières restructurations menées au titre du Cadre commun du G20, notamment celle du Tchad, pour rendre les prochaines opérations plus rapides.
Le Tchad, un premier test marqué par les lenteurs
Lancé en novembre 2020 pendant la pandémie de Covid-19, le Cadre commun réunit les créanciers publics et privés autour du traitement de la dette des pays en difficulté. Le Tchad et la Zambie ont été les premiers à conclure une restructuration dans ce cadre. Leurs négociations ont toutefois pris plusieurs années, en raison notamment des difficultés de coordination entre créanciers publics, créanciers privés et institutions multilatérales.
Le cas tchadien illustre cette complexité. À fin 2020, sa dette extérieure était estimée à près de 3 milliards de dollars, soit 24,2 % du PIB. Environ un tiers était détenu par des créanciers commerciaux, presque entièrement Glencore. Le pays avait contracté des emprunts adossés aux recettes pétrolières auprès de ce groupe, notamment en 2013 et 2014.
Une clause de cash sweep permettait d'accélérer les remboursements lorsque les revenus pétroliers augmentaient, exposant les finances publiques aux variations des cours. Le protocole d'accord signé le 7 décembre 2022 entre le Tchad, la Société des hydrocarbures du Tchad et Glencore concernait une facilité de préfinancement pétrolier de 1,3 milliard de dollars, accordée en 2014 et renégociée en 2018.
Le traitement conclu en novembre 2022 n'a pas entraîné d'annulation du principal. Il a surtout reporté une partie des remboursements dus en 2024. Selon le FMI, l'accord a ramené le risque de surendettement à un niveau modéré et réduit le risque de crise de liquidité. Mais près de deux années se sont écoulées entre le lancement du Cadre commun et la conclusion du traitement. Cette lenteur est l'une des difficultés que le G20 veut corriger.
Le Sénégal, prochain test
Le processus amélioré, convenu en mai, vise à mieux organiser les étapes de restructuration et à les articuler avec un accord de soutien financier du FMI. L'objectif est de réduire les délais entre l'accord technique avec les services du Fonds et l'obtention des assurances de financement auprès des créanciers officiels.
Le Sénégal constitue le prochain test. Le FMI a annoncé un accord pour un prêt de 2,2 milliards de dollars sur trois ans, conditionné à une demande de traitement de la dette sénégalaise au titre du Cadre commun." Nous tenons le prochain cas. Faisons en sorte que cela fonctionne ", a déclaré Kristalina Georgieva.Le cas sénégalais doit ainsi démontrer l'efficacité de cette approche, alors que la remontée des rendements réduit la marge de manœuvre des pays en développement.
Claude Paul Tjeg
Publié le 07/09/26 16:38
La Rédaction
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