Le gouvernement gabonais a officialisé la suspension temporaire de plusieurs exonérations. Cette décision, actée par des arrêtés signés par le ministre de l'Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, Henri-Claude Oyima, et publiée le 13 août 2025 dans le journal officiel local, fait suite à une constatation alarmante de pertes financières significatives pour l'État.
Le 20 juin 2025, un communiqué du Conseil des ministres avait révélé que les exonérations accordées au cours des trois dernières années avaient entraîné un manque à gagner cumulé de plus de 1 000 milliards de francs CFA, un chiffre se répartissant entre la fiscalité intérieure (682,67 milliards) et la fiscalité de porte (376,55 milliards). Face à cette situation, l'exécutif avait alors annoncé un moratoire immédiat de trois mois et le lancement d'un audit complet pour évaluer la pertinence et la performance des dispositifs dérogatoires existants.
Aujourd'hui, cet engagement se concrétise. Un arrêté du 8 juillet 2025 suspend ainsi pour une période de trois mois l'octroi de nouvelles exonérations fiscales et douanières, une directive qui "vise à assainir et à réorienter les incitations économiques vers des objectifs de développement mesurables". Un second arrêté, daté du 30 juillet 2025, va plus loin en ciblant directement le secteur du BTP. Il décrète la suspension de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) pour une durée de six mois sur des matériaux de construction essentiels. Sont concernés le ciment, le sable (marin, de rivière, de dune et de concassage) et le gravier (de calcaire, de granite et de grès quartziques). Cette mesure a pour but de lutter contre la vie chère et de soutenir l'accès à la construction.
Cette politique de rupture contraste avec les pratiques passées. Jusqu'à présent, le Gabon offrait une multitude d'avantages fiscaux pour attirer les investissements privés dans des secteurs jugés prioritaires. Par exemple, le secteur du tourisme bénéficiait d'une exonération de l'impôt sur les sociétés pendant les trois premières années pour tout investissement supérieur à 300 millions de francs CFA. Les entreprises de construction de logements sociaux bénéficiaient également d'une exonération totale de l'impôt sur les sociétés, tandis que le taux d'imposition était réduit pour les promoteurs de logements socio-économiques. De même, les nouvelles entreprises dans les secteurs industriel, minier, agricole ou de la pêche artisanale pouvaient prétendre à des allègements progressifs, incluant une exonération totale de l'impôt sur les bénéfices la première année bénéficiaire.
Cependant, malgré la générosité de ces incitations, les résultats escomptés en matière de création d'emplois, de valeur ajoutée et de transfert de technologie n'étaient pas toujours au rendez-vous. La décision actuelle marque donc un tournant, l'exécutif gabonais cherchant à établir une plus grande transparence et équité pour garantir que les avantages fiscaux contribuent réellement au développement du pays, tout en stabilisant ses finances publiques.
Perton Biyiha
Publié le 16/08/25 12:21
La Rédaction
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