Après plusieurs mois de négociations, le Ghana a décidé de mettre fin à un projet d'accord sanitaire avec les États-Unis, d'un montant estimé à 109 millions de dollars, soit 61,16 milliards FCFA, sur cinq ans. En cause, un désaccord profond sur l'accès et l'utilisation des données de santé, devenu un point de friction majeur dans les relations entre Washington et plusieurs pays africains. Au cœur des négociations, une exigence américaine jugée inacceptable par Accra. Il s'agit de l'accès à des données de santé sensibles, incluant potentiellement des informations sur les patients et des échantillons pathogènes. Pour les autorités ghanéennes, cette disposition franchit une ligne rouge en matière de souveraineté nationale et de protection de la vie privée.
Selon plusieurs sources proches du dossier, l'accord prévoyait également un partage de ces données sur une période pouvant aller jusqu'à 25 ans, bien au-delà de la durée contractuelle de cinq ans. Un déséquilibre perçu comme problématique, d'autant que les retombées en termes d'accès aux innovations médicales, vaccins, traitements, n'étaient pas garanties pour le Ghana. Dans un contexte où les données sanitaires deviennent un levier stratégique pour l'innovation pharmaceutique mondiale, Accra a préféré défendre une approche multilatérale, notamment via Organisation mondiale de la santé, plutôt que de s'engager dans un partenariat bilatéral jugé asymétrique.
Ce revers pour Washington s'inscrit dans une stratégie plus large de redéfinition de l'aide internationale, marquée par une approche transactionnelle héritée de la doctrine ‘'America First'', privilégiant les accords bilatéraux et conditionne l'aide à des contreparties, notamment en matière de partage de données et de ressources.
Mais cette approche suscite une résistance croissante sur le continent. Le Zimbabwe a récemment rejeté un accord similaire de plus de 300 millions de dollars, tandis qu'au Kenya, un partenariat pourtant signé a été suspendu par la justice à la suite de recours d'organisations civiles. Même lorsque les montants proposés sont conséquents, comme les 2 milliards de dollars évoqués dans certains pays, les préoccupations liées à la souveraineté des données et à l'équité des partenariats restent déterminantes.
Une question de souveraineté sanitaire
Au-delà du cas ghanéen, c'est toute la question de la souveraineté sanitaire africaine qui est posée. Plusieurs États cherchent désormais à mieux encadrer l'accès à leurs données sensibles, considérés comme des actifs stratégiques dans un monde où la recherche biomédicale est hautement concurrentielle. Dans cette dynamique, Africa CDC a récemment mis en place un comité de haut niveau pour renforcer la gouvernance des données de santé à l'échelle continentale. L'objectif vise à garantir que ces informations profitent d'abord aux populations locales et aux systèmes de santé nationaux.
Le refus du Ghana intervient dans un contexte de recul de l'aide internationale traditionnelle et de montée en puissance des exigences d'autonomie financière et opérationnelle des États africains. L'accord proposé par Washington prévoyait d'ailleurs un transfert progressif de la responsabilité du financement du système de santé vers Accra, une perspective qui soulève également des défis budgétaires. En choisissant de ne pas céder sur la question des données, le Ghana envoie un signal clair. Les partenariats internationaux, aussi attractifs soient-ils financièrement, ne peuvent se faire au détriment de la souveraineté nationale et des intérêts stratégiques.
Ce bras de fer entre Accra et Washington pourrait marquer un tournant dans la manière dont les accords de santé sont négociés en Afrique. À mesure que les données deviennent une ressource clé, les États africains semblent déterminés à en garder le contrôle, tout en redéfinissant les contours de la coopération internationale.
Publié le 02/05/26 13:04
Narcisse Angan
SN
CEMAC