Le Nigeria entend mieux tirer profit de l'essor de son marché des cryptomonnaies. Ainsi, l'administration fiscale vient de décider du renforcement du cadre réglementaire applicable aux actifs virtuels, avec pour objectif affiché de lutter contre la fraude fiscale et d'accroître les recettes publiques dans un secteur qui connaît une adoption massive dans le pays.
Dans de nouvelles directives publiées par le fisc nigérian, les particuliers et entreprises exerçant comme Fournisseurs de services d'actifs virtuels (VASP), ainsi que les opérateurs de plateformes d'échange pair à pair (P2P) sont désormais tenus d'obtenir des numéros d'identification fiscale. Le non-respect de cette obligation expose les contrevenants à des sanctions pouvant aller des amendes jusqu'à des peines d'emprisonnement. Cette offensive fiscale intervient alors que le Nigeria cherche à élargir son assiette fiscale et à réduire sa dépendance à l'endettement. Les réformes engagées par le gouvernement visent notamment à porter les recettes fiscales à 18% du PIB d'ici 2030, contre environ 13% actuellement.
Au-delà de l'identification des acteurs du marché, le nouveau dispositif précise le traitement fiscal des transactions portant sur les actifs virtuels. Les opérations concernant notamment les cryptomonnaies, les jetons d'échange, les stablecoins et les jetons de paiement seront soumises à l'impôt sur le revenu applicable aux gains réalisés lors de leur cession. Pour les autorités nigérianes, l'enjeu est de mieux capter les revenus générés par un écosystème devenu incontournable dans la première économie démographique d'Afrique. Le développement rapide des plateformes d'échange et des transactions entre particuliers a en effet créé un important réservoir potentiel de recettes fiscales, jusque-là difficile à appréhender par les mécanismes traditionnels.
*Près de 59 milliards de dollars de flux crypto en un an*
L'ampleur du marché explique le durcissement de la réglementation. Selon les données de Chainalysis, société américaine d'analyse de blockchain basée à New York, le Nigeria aurait enregistré environ 59 milliards de dollars d'afflux de crypto-actifs entre juillet 2023 et juin 2024. Cette dynamique place le pays parmi les principaux marchés mondiaux. Le Nigeria s'est classé deuxième au niveau mondial en 2024 dans l'indice mondial d'adoption des crypto-actifs de Chainalysis, avant de figurer encore au sixième rang en 2025.
Le marché nigérian se caractérise notamment par une forte participation des particuliers et des traders professionnels. Environ 85% de la valeur des transferts reçus serait inférieure à 1 million de dollars, illustrant le poids des transactions de détail dans l'écosystème local. Le durcissement de la fiscalité sur les actifs virtuels s'inscrit ainsi dans une stratégie plus large de mobilisation des ressources domestiques. Face à la nécessité de financer ses dépenses publiques, tout en limitant le recours à l'emprunt, Abuja cherche à élargir progressivement le périmètre des activités soumises à l'impôt.
Cette stratégie intervient également dans un contexte où les autorités nigérianes cherchent à encadrer davantage le secteur financier numérique, comme au Ghana et au Kenya. Le pays a notamment approuvé la tokenisation d'actifs, afin de soutenir le développement de son marché des capitaux, signe que les actifs numériques ne sont plus considérés uniquement sous l'angle du risque, mais également comme un segment susceptible de contribuer au financement de l'économie.
Publié le 08/08/26 09:20
Narcisse Angan
SN
CEMAC