Avec une production pétrolière en baisse et un service de la dette qui absorbe plus de 35% des recettes publiques, le Nigéria a vu sa notation dégradée par Moody's Investor service. Dans une évaluation publiée le 27 janvier dernier, l'agence de notation américaine a rabaissé la note d'émetteur à long terme de la première économie du continent de "B3" à "Caa1", affirmant que la situation budgétaire et la dette du gouvernement devraient continuer à se détériorer.
Ce jeudi 2 février Zainab Ahmed, la ministre nigériane des Finances a contesté publiquement cette rétrogradation "surprise" de Moody's, insistant sur le fait que le gouvernement répondait déjà aux préoccupations de l'agence.
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"Le déclassement de Moody's nous a surpris car nous avions présenté tout le travail que nous faisions pour stabiliser l'économie… Ce sont des agences de notation externes qui n'ont pas une compréhension complète de ce qui se passe dans notre environnement national" a-t-elle déclaré face à la presse.
Les autorités nigérianes ne sont pas les premières à être critiques face aux conclusions des agences de notation internationales sur le risque d'investissement en Afrique. En août dernier, Ken Offori-Atta, le ministre ghanéen des Finances s'était dit déçu par la décision de S&P de déclasser le Ghana malgré les " politiques audacieuses mises en œuvre en 2022 pour relever les défis macro-budgétaires et la viabilité de la dette ". Toutefois, les mois qui ont suivi ont manifestement donné du crédit à la notation de S&P ainsi qu'à celles Fitch et Moody's qui ont abondé dans le même sens.
Pour justifier sa notation au Nigéria, Moody's a expliqué que les options de financement du gouvernement étaient limitées alors que le pays fait face à des pénuries de production de pétrole en raison du vol de brut ces dernières années. Il a également souffert de pénuries chroniques de dollars associées à un service de la dette élevé qui a érodé les recettes publiques. "Le gouvernement est confronté à une pression budgétaire de grande envergure tandis que la capacité de réponse reste limitée par les faiblesses institutionnelles et les défis sociaux de longue date du Nigeria" explique l'agence américaine.
La dette publique du Nigéria devrait dépasser les 45% du PIB en 2023 contre 34 % l'an dernier et 19 % en 2019. Les analystes de Moody's estiment que le pays devra payer plus cher pour financer son déficit. "Les options de financement du gouvernement sont limitées, ce qui suggère que le gouvernement emprunte à des taux d'intérêt plus élevés en 2023 au moins et en s'appuyant fortement sur la dette intérieure ".
Fernand Ghokeng
Publié le 02/02/23 17:11
La Rédaction
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