Les répercussions économiques des crises en cours au Moyen-Orient pourraient freiner la trajectoire de reprise du continent africain en 2026. Selon un document conjoint présenté à Washington par la Commission de l'Union africaine, le Groupe de la Banque africaine de développement, la Commission économique pour l'Afrique des Nations unies et le PNUD, la croissance africaine pourrait être amputée de 0,2 point de pourcentage.
L'ampleur du choc attendu prend une dimension particulière au regard des perspectives initiales de croissance du continent. Dans son rapport Situation et perspectives économiques mondiales 2026, publié en janvier, les Nations unies anticipaient une progression du produit intérieur brut africain de 4,0 % en 2026, après 3,9 % en 2025 et 3,5 % en 2024.
Dans ce contexte, une réduction de 0,2 point ramènerait la croissance autour de 3,8 % en 2026. Rapportée à la prévision initiale, cette correction représente une contraction relative de 5 % du rythme de croissance attendu. Autrement dit, une part non négligeable de l'accélération économique espérée pour 2026 pourrait être effacée sous l'effet des tensions géopolitiques.
Ce diagnostic intervient alors que les économies africaines tentent encore d'absorber les effets combinés de la pandémie de Covid-19, du conflit russo-ukrainien et du durcissement des conditions commerciales internationales. Les institutions à l'origine du rapport décrivent un enchaînement de chocs exogènes qui maintient plusieurs pays dans une situation de vulnérabilité accrue, en particulier ceux fortement dépendants des importations énergétiques.
Dans le document, les auteurs soulignent que " les économies africaines, qui se relevaient progressivement des conséquences du Covid-19, de la guerre russo-ukrainienne et des hausses des tarifs commerciaux, pourraient figurer parmi les plus affectées par les conflits en cours au Proche-Orient ". Cette projection repose sur plusieurs facteurs de fragilité, allant de la hausse des prix des hydrocarbures aux perturbations logistiques.
L'un des points centraux du rapport concerne la dépendance structurelle du continent vis-à-vis des importations énergétiques. Selon les données présentées lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, environ 80 % du pétrole importé en Afrique provient du Moyen-Orient, ainsi que près de la moitié des produits raffinés. Cette exposition rend les économies particulièrement sensibles aux tensions géopolitiques, notamment en cas de perturbation des routes maritimes stratégiques.
Le rapport souligne également que les effets sont déjà perceptibles sur les marchés financiers africains. Il indique que " les principaux canaux de transmission des effets des conflits au Moyen-Orient sur les économies africaines incluent notamment l'envolée des prix des hydrocarbures, des produits alimentaires et des engrais, la perturbation du commerce mondial et des chaînes logistiques et d'approvisionnement, ainsi que la volatilité des marchés des capitaux et de change ". Dans ce contexte, une trentaine de pays africains enregistrent une dépréciation de leur monnaie. La fermeture du détroit d'Ormuz, évoquée par les auteurs, accentue les tensions sur les coûts de transport et d'approvisionnement, avec des répercussions directes sur l'inflation importée et les équilibres extérieurs.
Éviter des réponses budgétaires désordonnées
Face à ce choc externe, les institutions recommandent une gestion prudente des politiques économiques. Le chef économiste de la Banque africaine de développement met en garde contre des réactions précipitées susceptibles d'aggraver les déséquilibres macroéconomiques. Le document insiste sur la nécessité de maintenir une discipline budgétaire et d'éviter des mesures coûteuses à long terme.
" Le rapport appelle les gouvernements à éviter les subventions généralisées, susceptibles d'aggraver les déficits budgétaires à long terme. Il recommande également de diversifier les sources d'approvisionnement en énergie, en intrants et en produits alimentaires, de renforcer le commerce régional et intrafricain, notamment sur les marchés du pétrole et des engrais, afin d'accroître la résilience ", précisent les auteurs.
Dans le même esprit, ils préconisent une utilisation ciblée des marges budgétaires pour protéger les populations les plus vulnérables, tout en renforçant le contrôle de la dette et la gestion des recettes exceptionnelles pour les pays exportateurs d'hydrocarbures.
Accélérer les réformes structurelles
Au-delà de la gestion immédiate de la crise, le rapport met en avant plusieurs leviers pour réduire l'exposition future du continent aux chocs externes. L'accélération de la Zone de libre-échange continentale africaine, le développement de marchés énergétiques régionaux et la mobilisation accrue de capitaux domestiques figurent parmi les priorités identifiées.
Les partenaires au développement sont également sollicités pour fournir un appui d'urgence et une assistance technique. Les responsables présents à Washington ont insisté sur l'impossibilité, pour les pays africains, de faire face isolément à des chocs d'une telle ampleur.
En filigrane, le rapport souligne que la question de l'indépendance énergétique devient centrale pour la trajectoire économique du continent. L'accélération des investissements dans les énergies renouvelables et le gaz apparaît ainsi comme une condition essentielle pour réduire la vulnérabilité aux crises géopolitiques extérieures.
Malgré la dégradation attendue de la croissance, les institutions mettent en avant la capacité de résilience des économies africaines. Reste que cette résilience dépendra, selon elles, de la qualité, de la cohérence et de la rapidité des réponses politiques mises en œuvre.
Perton Biyiha
Publié le 17/04/26 10:15
La Rédaction
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CEMAC