Le Trésor camerounais a levé 98 milliards de FCFA sur le marché des titres publics entre janvier et mars 2026, contre un objectif de 160 milliards de FCFA fixé pour le trimestre. Le taux de réalisation s'établit ainsi à 61,3 %, laissant apparaître un déficit de financement de 62 milliards de FCFA par rapport à la prévision initiale, selon les données figurant dans le Document de programmation économique et budgétaire (DPEB) 2027-2029.
Les 98 milliards de FCFA mobilisés se répartissent entre 50,3 milliards de FCFA en Obligations du Trésor assimilables (OTA) et 47,7 milliards de FCFA en Bons du Trésor assimilables (BTA) à 52 semaines. Les OTA constituent des emprunts de moyen et de long terme, tandis que les BTA répondent aux besoins de trésorerie à court terme. Ensemble, ces deux instruments permettent à l'État de financer son budget lorsque les recettes ordinaires ne suffisent pas à couvrir ses dépenses. Malgré un niveau de mobilisation inférieur aux prévisions, les montants levés demeurent supérieurs aux 84,4 milliards de FCFA collectés au premier trimestre 2025, soit une hausse de 13,6 milliards de FCFA, équivalente à 16,2 %.
Ce résultat intervient dans un environnement régional où les conditions de financement se sont progressivement durcies. Sur le marché des titres publics de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac), les États continuent certes de mobiliser d'importantes ressources, mais à un coût de plus en plus élevé et dans un contexte de concurrence accrue pour capter les liquidités disponibles.
Les chiffres présentés le 13 février 2025 à Douala par le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, illustrent cette évolution. Le Cameroun a levé 1 153,9 milliards de FCFA sur le marché des titres publics en 2024, soit une progression de 20,4 % par rapport à 2023. Derrière cette hausse des volumes mobilisés, les conditions d'emprunt se sont toutefois nettement dégradées. La rémunération des Bons du Trésor assimilables est passée de 2,67 % en 2020 à 6,33 % en 2024. Dans le même temps, le taux de couverture des besoins exprimés par le Trésor est tombé de 206,9 % à 69 %. Autrement dit, les demandes des investisseurs ne permettent plus systématiquement de couvrir les montants recherchés par les États, tandis que ces derniers exigent des rendements plus élevés et privilégient des échéances plus courtes.
Un constat que partage le Directeur général du Trésor et de la Coopération financière et monétaire, Sylvester Moh Tangongho. Dans un entretien accordé au magazine Défis Actuels, il reconnaît " le renchérissement du coût du financement de notre dette publique ", ainsi qu'un raccourcissement de la maturité moyenne des titres émis.
Face à une situation qui semble s'installer dans la durée, le Trésor camerounais entend désormais élargir sa base d'investisseurs afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des banques, des compagnies d'assurance et des autres investisseurs institutionnels qui dominent aujourd'hui ce marché.
L'une des pistes envisagées consiste à ouvrir l'accès aux titres publics aux particuliers grâce aux plateformes numériques. L'objectif est d'attirer les petits épargnants, notamment à travers des plateformes fintech capables d'agréger des milliers de souscriptions de faible montant.
Le responsable du Trésor évoque également le recours à des émissions directement adossées à des projets identifiables. Selon lui, " des emprunts pourraient être lancés pour financer une infrastructure précise, comme un pont ou un équipement local. Les souscripteurs sauraient alors à quoi leur contribution est affectée ". Une approche qui vise à rapprocher davantage les investisseurs du financement des infrastructures publiques, tout en diversifiant les instruments de mobilisation de la dette souveraine.
Perton Biyiha
Publié le 15/07/26 15:16
La Rédaction
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