Lagos, l'une des villes les plus peuplées d'Afrique, a lancé, ce 26 mars, une police d'assurance paramétrique contre les inondations, un dispositif innovant qui pourrait protéger jusqu'à 4 millions de personnes vulnérables tout en garantissant une capacité d'intervention rapide en cas de catastrophe.
Contrairement aux mécanismes traditionnels d'indemnisation, souvent longs et complexes, l'assurance paramétrique repose sur des déclencheurs prédéfinis liés à des données objectives, comme le niveau des précipitations ou l'intensité des crues. Dès que ces seuils sont atteints, les fonds sont automatiquement débloqués.
Ce modèle permet d'accélérer considérablement les réponses d'urgence. Concrètement, jusqu'à 7,5 millions de dollars pourront être mobilisés rapidement pour financer l'aide humanitaire, soutenir les populations sinistrées et engager les premières actions de reconstruction.
Pour une ville de plus de 22 millions d'habitants, particulièrement exposée aux inondations, l'enjeu est crucial. ‘'L'inaction face au changement climatique pourrait coûter près de 40 milliards de dollars d'ici 2050'', a averti le gouverneur Babajide Olusola Sanwo-Olu, soulignant l'urgence d'une réponse structurée.
Un partenariat public privé au cœur du dispositif
Ce projet s'inscrit dans le cadre d'une collaboration internationale associant le secteur public, les assureurs et les institutions de développement. Il est porté par Insurance Development Forum, le Programme des Nations unies pour le développement et le ministère allemand de la Coopération économique.
Autour de ce socle institutionnel, plusieurs acteurs majeurs de l'assurance et de la modélisation des risques ont contribué à la conception du produit, parmi lesquels AXA Climate et Swiss Re.
Cette architecture marque une évolution profonde : la gestion des risques climatiques devient un champ d'innovation financière, où la coopération internationale joue un rôle déterminant.
Une réponse à une vulnérabilité structurelle
L'initiative intervient dans un contexte particulièrement fragile. À Lagos, près de 80% de la population appartient à des ménages à faibles revenus, tandis que le taux de couverture assurantielle reste inférieur à 0,5%. Autrement dit, la majorité des habitants demeure sans protection face aux catastrophes naturelles.
L'assurance paramétrique apparaît dès lors comme un levier d'inclusion financière, permettant de contourner les limites des systèmes assurantiels classiques. Elle offre aux pouvoirs publics un outil pour sécuriser à la fois les populations et les finances publiques.
Comme le souligne Marcos Neto, sous-secrétaire général des Nations unies et directeur du Bureau d'appui aux politiques et aux programmes du PNUD, ‘'l'intégration de l'assurance dans la planification publique peut renforcer le soutien aux communautés vulnérables tout en favorisant un développement plus résilient''.
Publié le 27/03/26 10:45
La Rédaction
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CEMAC