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Nigéria : Une croissance du PIB réel de 4,23% au 2e trimestre 2025, le plus haut niveau en 4 ans

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Au Nigéria, la croissance économique reprend des allures de course de fond. Après des années de progression hésitante, le produit intérieur brut (PIB) réel a bondi de 4,23% au deuxième trimestre 2025 en glissement annuel, selon le Bureau national des statistiques (NBS).

Il s'agit du rythme le plus soutenu enregistré depuis 2021. Un chiffre qui dépasse nettement les prévisions du Fonds monétaire international (FMI), lequel tablait sur 3,4% pour l'ensemble de l'année.

Un contexte marqué par des réformes et une conjoncture contrastée

Cette embellie survient dans un contexte économique contrasté. Le gouvernement de Bola Tinubu, élu sur la promesse de relancer la machine économique, a engagé depuis deux ans des réformes de grande ampleur. La suppression des subventions pétrolières, longtemps considérées comme un gouffre budgétaire, a libéré des ressources pour l'investissement public. De plus, la stabilisation de la politique monétaire a permis de limiter les pressions sur la devise nationale, le naira, bien que l'inflation reste élevée, dépassant les 20% en rythme annuel.

Dans ce climat, la croissance du Nigéria apparaît comme un ‘'rayon de soleil perçant un ciel encore chargé'', selon un économiste d'Abuja. Car le pays, première économie d'Afrique de l'Ouest avec un PIB nominal de 100,73 milliards de nairas (environ 62,96 milliards USD) au deuxième trimestre (+19,23% en valeur), reste confronté à des défis sociaux importants, tels que la pauvreté endémique, le chômage élevé, les infrastructures dégradées.

Le détail sectoriel du rapport du NBS révèle la double nature de cette croissance. Le secteur non pétrolier, qui représente près de 96% du PIB, a progressé de 4,01%, mieux qu'au deuxième trimestre 2024 (3,46%). Les services (+3,99%), dominés par le commerce et les transports ; ainsi que l'agriculture (+3,18%), tirée par les cultures vivrières et l'élevage, en sont les principaux moteurs.

Le secteur pétrolier a créé la surprise. Après des années de production erratique, il a bondi de 13,55%, contribuant pour 4,05% à l'économie nationale. La hausse des extractions, conjuguée à des prix mondiaux favorables, a redonné de l'oxygène à un secteur longtemps considéré comme une faiblesse structurelle.

L'industrie, enfin, affiche une performance impressionnante (+7,45%), soit le double du rythme observé un an plus tôt. Elle bénéficie d'investissements dans la fabrication et l'énergie, deux segments porteurs pour l'avenir industriel du pays.

Au premier trimestre déjà, la croissance avait atteint 3,13%, contre 2,27% un an auparavant. La tendance est donc clairement haussière.

Ces résultats traduisent un frémissement positif, mais leur solidité reste sujette à caution. Trois éléments invitent à la prudence.

D'abord, l'inflation, toujours supérieure à 20%, réduit le pouvoir d'achat des ménages et limite l'impact réel de la croissance sur la population. Les gains statistiques ne se traduisent pas encore en amélioration tangible pour la majorité des Nigérians, dont plus de 40% vivent sous le seuil de pauvreté.

Ensuite, la dépendance persistante aux hydrocarbures expose l'économie aux chocs extérieurs. La part du pétrole dans le PIB est faible (4%), mais son influence sur les recettes publiques et les réserves de change demeure décisive. Une chute des cours pourrait effacer une partie des gains récents.

Enfin, les tensions sociales restent un risque. Les réformes de Tinubu, notamment la fin des subventions, sont jugées nécessaires par les bailleurs internationaux mais impopulaires auprès de la population, qui en subit directement le coût sur les prix des carburants et des denrées.

Le gouvernement nigérian affiche un objectif de croissance de 7% d'ici 2026, misant sur une diversification accélérée et sur l'essor de secteurs stratégiques comme le numérique, les énergies renouvelables et l'agro-industrie. La Banque mondiale, plus prudente, anticipe 3,7% en moyenne pour 2025.

Le succès dépendra de la capacité du Nigéria à transformer ses atouts structurels (un marché intérieur de plus de 220 millions d'habitants, une jeunesse dynamique, des ressources naturelles abondantes) en leviers de développement inclusif. L'industrialisation, encore balbutiante, et l'intégration dans la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourraient servir de catalyseurs.

Publié le 23/09/25 11:14

La Rédaction

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