Au Sénégal, l'arachide n'est pas qu'un simple produit agricole. C'est une denrée culturelle, un stabilisateur social et un catalyseur économique. Elle est cultivée depuis plusieurs siècles et porte les espoirs de plusieurs famille notamment le bassin arachidier composé de plusieurs régions (Fatick, Kaolack, Diourbel, Kaffrine, Tambacounda etc).
Ces dernières semaines, cette filière est au centre des débats et des attentions. Il y a quelques jours, le directeur général de la la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos), Elhadji Ndane Diagne annonçait une collecte de plus de 205 000 tonnes d'arachide, un volume inédit depuis vingt ans selon lui.
"À la date d'hier, nous avions collecté plus de 205 000 tonnes. Ce chiffre constitue le record de collecte des vingt dernières années. À titre de comparaison, le précédent pic s'établissait à 204 000 tonnes en 2011, loin devant les 122 000 tonnes de 2019", a souligné le directeur général de la SONACOS, parlant de performances dans un contexte compliqué.
Des contraintes persistantes malgré les acquis
Au Sénégal, la production d'arachide au pour la campagne 2023/2024 a atteint un niveau record de plus de 1,6 million de tonnes, affichant une hausse de près de 12 % par rapport à la saison 2022-2023. Ces performances sont notamment portées par l'augmentation du budget de la campagne qui a augmenté de près 80 milliards FCFA en 5 ans.
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II est passé de 40 milliards FCFA à 60 milliards FCFA en 2021 puis à 80 milliards FCFA en 2022, avant d'atteindre 100 milliards FCFA en 2023, puis à 120 milliards FCFA en 2024. En 2025, ce budget consacré à la campagne a été porté à 130 milliards FCFA.
Malgré ces embellis, la filière voit sa compétitivité impactée par des les sacs d'arachide qui s'accumulent dans des magasins de stockage, faute de débouchés. Car les points de vente officiels sont souvent éloignés, et les rares intermédiaires présents proposent des tarifs que les agriculteurs jugent inacceptables.
"Le vrai problème, ce sont les textes. Il existe encore des décrets présidentiels et des arrêtés ministériels datant des années 1980 qui ne sont plus adaptés à la réalité actuelle. On ne peut pas régir la commercialisation de 2025 avec des textes vieux de 40 ans. Il faut les actualiser", avait récemment déploré le président du Collectif des producteurs et exportateurs des graines d'arachides, Habib Thiam.
L'autre problème est que la société dédiée, la SONACOS ne peut pas tout absorber. Devant cette situation, pour éviter une crise économique et sociale, le premier ministre Ousmane avait ordonné en janvier 2026 à la SONACOS d'acheter 450 000 tonnes d'arachides, dépassant l'objectif initial de 250 000 tonnes pour la campagne en cours. Cette mesure vise à dynamiser la filière et soutenir les producteurs, après une collecte record par rapport aux années précédentes.
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Au même moment, il avait exhorté le ministre des Finances et du Budget à mobiliser vaille que vaille 50 milliards FCFA afin de permettre l'acquisition des récoltes en souffrance. Au Sénégal même si le kilogramme est fixé à un prix plancher de 305 FCFA le kilogramme, les producteurs faute d'acquérir sont obligés parfois de brader leurs produits pour éviter les méventes.
Une transformation en souffrance
Si les agriculteurs choisissent de brader leurs récoltes, à des prix largement inférieurs, c'est parce que la transformation, demeure un maillon faible de la chaîne. Seules moins de 10% des collectes sont transformées en huile par la SONACOS. Une autre partie assez importante est exportée vers la Chine.
Ainsi, le Gouvernement dans les deux prochaines années, entend développer ce volet lié à la transformation. Dans ce cadre, la SONACOS énéficiera également d'allègements fiscaux et douaniers. Elle sera aussi soutenue concernant l'approvisionnement du marché en huiles végétales, afin de réguler et stabiliser les prix à la consommation, et garantir aux citoyens une huile de qualité.
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Il est prévu également la négociation par le ministère des Finances et du Budget des termes de financement des campagnes de commercialisation arachidière adaptés à la situation de la SONACOS SA. L'enjeu est de lui permettre de développer des opérations industrielles afin de faciliter le redressement et la relance de la Société.
À côté, les infrastructures de l'entreprise seront modernisées. Ainsi, le premier ministre Ousmane Sonko a instruit l'Agence de promotion des investissements et des grands travaux (Apix) et la Caisse des dépôts et des Consignations (CDC) à étudier les modalités d'inscription du renouvellement des infrastructures et équipements.
Publié le 11/03/26 14:08
Mouhamadou Dieng
SN
CEMAC