La semaine 27 restera comme l'une des plus volatiles de l'année sur les marchés des matières premières. Deux dynamiques distinctes ont dominé les échanges simultanément. D'un côté, la reprise des hostilités entre Washington et Téhéran a propulsé le Brent de 72 à 78 dollars en deux séances avant une correction partielle. De l'autre, la réévaluation brutale du risque El Niño a déclenché des mouvements historiques sur le cacao et le café, l'arabica enregistrant sa plus forte hausse journalière en 26 ans lundi avant de connaître une semaine d'une volatilité extrême. Le sucre, le coton et l'huile de palme ont également progressé, emportés par la dynamique climatique.
Pétrole : Le cessez-le-feu déclaré mort, le Brent regagne 5 % sur la semaine
Le Brent a ouvert lundi à 71,90 dollars et clôturé vendredi à 76,01 dollars, soit un gain de 5,6 % sur la semaine. La trajectoire a été tout sauf linéaire : après une séance lundi quasi stable à 71,99 dollars, le Brent a bondi de 3,01 % mardi à 74,16 dollars, puis de 5,20 % mercredi à 78,02 dollars, avant de reculer jeudi (-2,20 % à 76,30 dollars) et vendredi (-0,38 % à 76,01 dollars).
Le déclencheur est géopolitique et brutal. En représailles à de nouvelles attaques iraniennes contre des navires commerciaux dans le détroit d'Hormuz, les États-Unis ont conduit une nouvelle série de frappes sur l'Iran. Le président Trump a ensuite déclaré depuis le sommet de l'OTAN à Ankara que le cessez-le-feu était, selon ses propres mots, "terminé" et que négocier avec Téhéran était "une perte de temps". En séance mercredi, le Brent a brièvement dépassé les 80 dollars. Les marchés ont toutefois gardé la tête froide : le Brent reste loin des niveaux du printemps, lorsqu'il avait brièvement touché 126 dollars en avril, signe que les opérateurs n'anticipent pas un retour à un conflit total. L'AIE a averti qu'une escalade prolongée pourrait retarder la reconstitution des stocks mondiaux et perturber l'équilibre attendu du marché pétrolier en fin d'année.
Cacao et café : La semaine de tous les records, El Niño reprend la main
Cacao et café ont vécu une semaine historique, propulsés par une réévaluation collective et brutale du risque El Niño. Le US Climate Prediction Center a indiqué que l'épisode El Niño en cours pourrait devenir l'un des plus puissants depuis plus de 75 ans, avec des conséquences potentiellement sévères sur les cultures tropicales.
Cacao : les cours ont ouvert lundi à 5 152 dollars la tonne et clôturé vendredi à 6 065 dollars, soit un gain de 17,7 % sur la semaine. Lundi a été la séance maîtresse : le contrat septembre ICE NY s'est envolé de 13,07 % en une seule séance, de 5 152 à 5 694 dollars, le mouvement s'étendant à l'ensemble de la courbe à terme avec des hausses supérieures à 12 % sur tous les contrats actifs à Londres et à New York, signe d'une réévaluation globale des fondamentaux plutôt que d'une simple tension sur l'échéance proche. Le mouvement a été amplifié par une couverture massive de positions courtes et une participation institutionnelle intense. Mardi (+1,14 % à 5 759 dollars) et mercredi (+5,09 % à 6 052 dollars) ont prolongé la hausse, avant un pic jeudi à 6 455 dollars (+6,66 %), suivi d'une consolidation vendredi à 6 065 dollars (-6,04 %). Les pluies diluviennes en Côte d'Ivoire, qui avaient déclenché le rallye de la semaine 26, cèdent la place à des conditions plus sèches favorables aux cultures, mais c'est désormais l'anticipation d'un Harmattan chaud et sec en période de floraison des cacaoyers qui structure le marché sur le moyen terme.
Café : l'arabica a connu sa semaine la plus volatile depuis des décennies. Les cours ont ouvert lundi à 301,00 cents et bondi à 349,95 cents en clôture (+16,19 %), avec un pic intraday à 357,00 cents, sa plus forte hausse journalière depuis l'an 2000. Mardi, le marché a immédiatement redonné une partie de ces gains (-9,24 % à 317,60 cents), mercredi a vu une nouvelle baisse (-2,46 % à 309,80 dollars), avant un rebond jeudi à 347,90 cents (+12,30 %) et une correction vendredi à 334,25 cents (-3,92 %). Le pic de 350,00 cents a été atteint mardi en séance. StoneX a qualifié lundi de "session historique" et évoqué un marché entré en "territoire meme-stock", les fonds spéculatifs ayant submergé les ventes des pays producteurs par des achats agressifs pilotés par des algorithmes. Le robusta a suivi avec une volatilité moindre mais tout aussi marquée, passant de 3 674 dollars lundi à 4 007 dollars (+8,92 %) puis retombant à 3 819 dollars vendredi (-4,57 %) après un pic à 4 082 dollars mardi.
Sucre : Progression modeste, soutenu par les inquiétudes indiennes
Le sucre #11 a progressé tranquillement sur la semaine, ouvrant lundi à 14,85 cents et clôturant vendredi à 14,88 cents, soit une hausse quasi nulle en apparence, mais masquant une progression régulière tout au long de la semaine : 15,22 cents lundi (+2,49 %), 15,14 cents mardi, 15,11 cents mercredi, avant une légère correction en fin de semaine. Le pic de 15,39 cents a été atteint mercredi en séance. Le déficit de moussons en Inde continue d'alimenter les inquiétudes sur la production de canne à sucre, et les investisseurs ont également pris en compte les risques El Niño sur la production brésilienne et indienne selon Reuters.
Coton : +7,5 % sur la semaine, mais des volumes suspicieux
Le coton a affiché la plus forte progression hebdomadaire parmi les matières premières secondaires. Les cours ont ouvert lundi à 75,86 cents et clôturé vendredi à 81,54 cents, soit +7,5 % sur la semaine. Le mouvement a débuté mardi (+3,90 % à 79,71 cents) et s'est prolongé vendredi (+3,31 % à 81,54 cents). Une réserve s'impose cependant : les volumes enregistrés en milieu de semaine sont extrêmement faibles (10 à 70 contrats par séance contre 26 000 à 34 000 habituellement), ce qui suggère que les cotations de mardi à jeudi reflètent un marché quasi-illiquide. La progression de vendredi, avec 30 750 contrats échangés, est en revanche pleinement significative. Le contexte climatique El Niño, combiné à la faiblesse du monsoon indien menaçant la production nationale, fournit un soutien fondamental au mouvement.
Huile de palme : Légère progression, +1,5 % en début de semaine
L'huile de palme a progressé modestement, de 4 529 MYR lundi à 4 609 MYR mardi (+1,81 % cumulé), avant de reculer à 4 513 MYR jeudi, les données s'arrêtant au 9 juillet. La prime El Niño sur les plantations d'Asie du Sud-Est commence à se matérialiser, l'Indonésie et la Malaisie étant historiquement exposées aux sécheresses lors des épisodes El Niño. La hausse du pétrole en milieu de semaine a également renforcé l'attrait de l'huile de palme comme matière première pour le biodiesel.
Caoutchouc RSS3 : Rebond de +6,48 % mardi, marché peu liquide
Le caoutchouc RSS3 a enregistré un rebond notable mardi, de 270,00 à 287,50 SGD/kg (+6,48 %), prolongé légèrement à 290,10 SGD mercredi et 289,20 SGD jeudi. Les volumes restent extrêmement faibles, limitant la portée de l'analyse directionnelle. La réescalade des tensions à Hormuz, qui renchérit les coûts de transport et d'assurance maritime, soutient indirectement le caoutchouc naturel en pénalisant le caoutchouc synthétique dont la chaîne d'approvisionnement dépend du pétrole.
La semaine 27 marque un double retour : celui du risque géopolitique sur le pétrole, et celui du risque climatique comme moteur dominant des soft commodities. El Niño n'est plus seulement une probabilité dans les modèles météorologiques, c'est désormais le principal prisme à travers lequel les marchés lisent l'ensemble des cultures tropicales. Le cacao et le café ont subi des mouvements d'une violence rarement observée, alimentés autant par les fondamentaux climatiques que par le positionnement spéculatif. Dans ce contexte, les semaines à venir seront décisives : si les conditions météorologiques se confirment défavorables en Afrique de l'Ouest et si El Niño s'intensifie comme le redoutent les modèles, la prime climatique sur le cacao, le café et l'huile de palme pourrait encore s'amplifier significativement.
Publié le 13/07/26 08:10
La Rédaction
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CEMAC