La Société financière internationale (IFC), branche du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, engage un nouveau front en Afrique centrale en s'alliant à la fintech Cashi pour accélérer la diffusion des paiements numériques au Tchad, un marché où l'économie informelle domine encore largement et où l'usage du cash reste la norme.
Selon les informations communiquées le 24 mars 2026 par les deux partenaires, Cashi déploie une infrastructure de paiement pensée pour fonctionner dans des environnements à faible connectivité, en combinant mobile, terminaux de paiement et solutions par SMS. L'enjeu consiste à relier dans un même système banques, opérateurs télécoms et institutions financières afin de fluidifier les échanges dans une économie encore fragmentée.
Le contexte donne la mesure de l'ampleur des déséquilibres. D'après les données partagées par IFC et la Cashi, seuls 10 à 15 % des adultes tchadiens disposent aujourd'hui d'un compte bancaire ou d'un service de mobile money, contre plus de 30 % en moyenne en Afrique subsaharienne. Ce retard limite " la circulation des flux financiers, freine l'accès au crédit et maintient une large partie des transactions hors des circuits formels ".
C'est précisément sur ce point que se positionne Cashi. L'entreprise met en avant une solution capable de réduire la dépendance au cash pour les petites entreprises, en simplifiant les paiements et en abaissant les coûts de transaction. Les éléments fournis indiquent que cette transformation doit permettre aux commerçants de mieux structurer leurs activités, d'élargir leur accès aux services financiers et, à terme, de soutenir la création d'emplois.
La dirigeante de Cashi, Tarneem Saeed, insiste, affirme s'appuyer sur une plateforme déjà testée dans des contextes fragiles et entend travailler de concert avec les régulateurs et les acteurs locaux pour favoriser son adoption. IFC, de son côté, met en avant une stratégie orientée vers des solutions accessibles plutôt que vers des technologies lourdes. Olivier Buyoya, responsable régional, souligne que que l'élargissement des services financiers passe par des outils compatibles avec des niveaux d'équipement encore limités, notamment en matière de smartphones.
Cette initiative s'inscrit dans les priorités des autorités tchadiennes, qui font de la digitalisation un levier de transformation économique. Le programme Tchad Connexion 2030, cité par les partenaires, mise sur l'inclusion financière pour renforcer la mobilisation des recettes, structurer le tissu économique et soutenir le développement du secteur privé.
Dans des économies où les infrastructures restent incomplètes et l'accès aux services financiers inégal, la capacité à proposer des solutions robustes, interopérables et peu dépendantes de la connectivité apparaît comme un facteur déterminant. En misant sur ce créneau, IFC et Cashi tentent de faire émerger une alternative crédible au tout-cash, avec en ligne de mire une intégration économique plus large et une meilleure circulation des capitaux dans la région.
Perton Biyiha
Publié le 25/03/26 14:31
La Rédaction
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