Les services économiques de la Banque des États de l'Afrique Centrale placent le Tchad parmi les pays appelés à diversifier le plus nettement leur base productive à moyen terme. Dans leurs projections macroéconomiques actualisées en mai 2026, ils identifient le développement des projets aurifères et de l'antimoine comme l'un des deux piliers sectoriels devant soutenir la croissance de la CEMAC sur la période 2027-2029, aux côtés de la montée en puissance de la filière gazière régionale.
L'antimoine, ce métal semi-métallique gris argenté dont l'usage industriel s'est généralisé au XXe siècle, sert aujourd'hui principalement de retardateur de flamme dans les textiles, plastiques, câbles électriques et équipements électroniques, en plus d'entrer dans la fabrication de batteries au plomb, d'alliages et de semi-conducteurs. Plusieurs puissances industrielles, dont les États-Unis et l'Union européenne, le classent parmi les minéraux critiques, sa production restant concentrée dans un nombre restreint de pays, au premier rang desquels la Chine. C'est précisément ce statut stratégique, conjugué à la volonté des industriels occidentaux de diversifier leurs sources d'approvisionnement, qui pourrait donner aux gisements naissants du Tchad un poids considérable par rapport à la taille de son économie, aux côtés de l'or, dans les arbitrages d'investissement à venir.
Cette diversification s'inscrit dans une dynamique d'ensemble sous-régionale, où plusieurs gisements de fer transfrontaliers et nationaux entrent en phase de montée en puissance, au Gabon, au Cameroun et au Congo notamment. Pour le Tchad, l'enjeu est à la fois de réduire la dépendance historique au pétrole brut, dont le secteur reste volatil, et capter une partie de la valeur ajoutée sur des filières minières encore peu exploitées à l'échelle industrielle.
Sur la période évoquée, la croissance économique de la CEMAC est projetée à 3,6 % en moyenne annuelle, portée par cette diversification progressive du secteur extractif et l'amorce d'une transformation locale des ressources. Le Tchad y occupe une position particulière puisque le pays continue par ailleurs d'afficher le taux effectif global de crédit le plus bas de la zone, à 7,02 % au premier trimestre 2026, un facteur qui pourrait faciliter le financement bancaire de ces nouveaux projets miniers s'il se confirme dans la durée.
Reste que ces perspectives restent conditionnées, comme le rappellent les mêmes projections, à la gestion des contraintes énergétiques et logistiques persistantes dans plusieurs pays de la sous-région, ainsi qu'à la poursuite des réformes visant à améliorer le climat des affaires. Pour un pays enclavé comme le Tchad, déjà pénalisé début 2026 par le blocage temporaire des activités portuaires à Douala, la question des infrastructures de transport et d'évacuation de la production minière conditionnera directement la matérialisation de ce relais de croissance annoncé.
Idrissa Diakité
Publié le 14/07/26 12:41
La Rédaction
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