À Washington, en marge des réunions de printemps du Groupe de la Banque mondiale et du FMI, le Tchad a officialisé un rapprochement avec une entreprise américaine. Le 16 avril 2026, le ministre de l'Eau et de l'Énergie, Passalé Kanabé Marcelin, a signé un protocole d'accord avec la société Zanbur Energy, basée au Texas. Cet accord porte sur le financement, le développement et la construction d'infrastructures photovoltaïques couplées à des systèmes de stockage.
Selon le communiqué officiel consulté, " ce partenariat prévoit le financement, le développement et la construction de systèmes photovoltaïques de production et de stockage, incluant des unités de 2,5 MWc avec 10 MWh de batterie, ainsi que des installations de 200 MWc avec 800 MWh ". Le dispositif comprend également des lignes de transport, des postes électriques, ainsi qu'un centre dédié à la formation, à l'exploitation et à la maintenance. L'architecture technique envisagée combine ainsi production décentralisée et stockage à grande échelle, en s'appuyant sur une multiplication de petites unités réparties sur le territoire.
Dans cette logique, le communiqué précise que " les 200 MWc seront déployés sous forme de petites unités réparties dans plusieurs villes du pays ". Cette approche s'inscrit dans la stratégie actuelle de N'Djamena, qui privilégie des systèmes décentralisés afin de contourner les limites structurelles du réseau national.
Une entrée américaine sur un marché sous-équipé
Cet accord s'inscrit dans une dynamique engagée plusieurs mois auparavant. D'après les autorités tchadiennes, les discussions ont été amorcées à la suite d'une présentation de Zanbur Energy au président Mahamat Idriss Déby Itno, lors de la table ronde organisée par le gouvernement tchadien à Abu Dhabi en novembre 2025. Le chef de l'État avait alors instruit le ministère de l'Énergie de travailler à la concrétisation du projet. Les échanges se sont poursuivis à N'Djamena en février 2026, lorsque le consul honoraire du Tchad à New York, Mahamat Yacoub Azalo, a introduit formellement la proposition auprès des autorités.
Pour Zanbur Energy, cette initiative constitue son premier projet en dehors des États-Unis. L'entreprise, spécialisée dans les fermes solaires de grande capacité et les solutions hybrides intégrant le stockage, explore ainsi un marché où la demande en électricité demeure largement insatisfaite. Ce positionnement intervient dans un contexte où les autorités multiplient les appels au secteur privé pour accélérer l'électrification.
En effet, en novembre 2025, le gouvernement tchadien a lancé un processus de sélection d'opérateurs pour le développement de projets solaires autonomes et de mini-réseaux dans plusieurs villes secondaires. Le cadre proposé prévoit de confier " la construction, l'exploitation, la maintenance et la gestion " de ces installations à des entreprises privées, selon le communiqué officiel.
Le schéma financier repose sur un montage hybride. Des sources proches du dossier indiquent que le programme mobilise environ 60 millions de dollars de subventions de la Banque mondiale, auxquels s'ajoute un volume équivalent d'investissements privés. L'opération bénéficie également de l'appui de la Société financière internationale, impliquée dans la structuration des projets.
Selon les données de la Banque mondiale, le Tchad demeure l'un des pays les moins électrifiés au monde. Le taux d'accès à l'électricité est estimé à 6,4 % au niveau national, avec de fortes disparités territoriales. À N'Djamena, la couverture atteint environ un tiers de la population, tandis qu'elle reste marginale dans de nombreuses zones rurales.
Perton Biyiha
Publié le 18/04/26 16:23
La Rédaction
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