Pendant longtemps, les envois d'argent des diasporas africaines ont été considérés comme un simple filet de sécurité financière pour les familles restées au pays. Pourtant, la gestion récente de ces flux au Nigeria démontre une réalité bien différente. Représentant environ 19 milliards USD par an selon la Banque mondiale, soit près de 35 % des envois vers l'Afrique subsaharienne, ces capitaux privés constituent aujourd'hui un levier stratégique de devises étrangères et un instrument de politique monétaire.
C'est la vision portée par la Banque centrale du Nigeria (CBN), qui a réorganisé son approche pour capter ces flux formels. Les autorités ont assoupli les règles de change appliquées aux opérateurs de transfert internationaux (IMTO), tels que Western Union et MoneyGram, alignant leurs taux sur la réalité du marché pour assécher le marché noir. Les transferts directs ont ainsi enregistré une hausse de 97 % sur un an pour atteindre 107 millions USD en janvier, s'inscrivant dans la continuité du 1,2 milliard USD enregistré en 2024. Dans une communication datée du 16 juillet 2026, la CBN a confirmé viser le cap de 1 milliard USD de transferts mensuels d'ici la fin de l'année, contre 600 millions USD auparavant. Pour réussir ce pari, le Nigeria s'appuie sur la digitalisation des flux via des fintechs agréées et sur l'extension du Non-Resident BVN, un identifiant biométrique permettant aux expatriés d'ouvrir des comptes bancaires à distance en toute sécurité.
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En tout état de cause, cette expérience offre des enseignements précieux pour des pays comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire. Les imposantes diasporas installées en France, aux États-Unis, en Belgique, en Italie ou au Canada représentent pour ces pays un potentiel encore sous-exploité par les canaux formels. Bien que ces deux nations appartiennent à l'UEMOA et partagent le franc CFA géré par la BCEAO, leurs besoins en capitaux productifs restent majeurs. Selon des analystes, Dakar et Abidjan pourraient s'inspirer des mécanismes d'attraction nigérians pour canaliser une part importante de ces flux vers des investissements structurants.
L'adaptation de cette stratégie au contexte de l'Afrique de l'Ouest nécessite toutefois des ajustements pertinents. La stabilité du franc CFA et l'absence de crise aiguë des devises distinguent le Sénégal et la Côte d'Ivoire de la situation récente du Nigeria. L'objectif principal ne serait donc pas de juguler une dévaluation, mais de convertir une consommation privée immédiate (nourriture, soins de santé, scolarité, logement) en une épargne collective à long terme. La baisse des frais de transaction, la simplification de la bancarisation à distance et l'émission d'obligations d'État dédiées aux expatriés constitueraient des leviers d'action immédiats.
Si le modèle nigérian prouve que la confiance des expatriés s'obtient par des incitations financières claires et des circuits transparents, la modernisation des mécanismes d'attraction des capitaux pourrait offrir au Sénégal et à la Côte d'Ivoire un moyen concret de renforcer leur autonomie financière tout en conférant à leur diaspora un rôle direct dans l'essor économique national.
Anselme Akéko
Publié le 21/07/26 14:55
La Rédaction
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