Selon les informations exclusives révélées par le Financial Times, le dossier Eramet prend une dimension géopolitique planétaire. Le consortium Orion Critical Mineral (Orion CMC), une alliance de poids soutenue par la Société américaine de financement du développement international (DFC) et le fonds souverain ADQ d'Abu Dhabi, aurait manifesté son intérêt pour acquérir tout ou partie des 37 % détenus par la famille Duval. Cette intrusion surprise des superpuissances américaine et émiratie vient percuter les plans de restructuration du groupe minier français, transformant une affaire franco-française en un enjeu stratégique mondial pour le contrôle des métaux critiques.
Cette étiquette de cible hautement stratégique fait instantanément jubiler la place financière de Paris. Après des mois de tumulte marqués par le limogeage de son directeur général, l'explosion de sa dette à 1,9 milliard d'euros et des revers opérationnels, Eramet voit enfin la confiance des marchés renaître. Dès l'apparition de ces bruits de couloir, le titre s'est envolé de près de 8 % à la Bourse de Paris, franchissant la barre des 53 euros. Les investisseurs saluent massivement la perspective de voir le géant américain injecter une partie de ses 5 milliards de dollars de force de frappe, actant la fin d'une ère de blocages familiaux au profit d'une nouvelle dynamique de croissance.
Au cœur de ce grand échiquier, l'État gabonais se tient plus que jamais en embuscade. Déjà partenaire industriel incontournable grâce à l'exploitation du précieux manganèse de Moanda via la Comilog, Libreville avait récemment officialisé sa volonté de monter directement au capital de la maison-mère à Paris à la faveur de l'augmentation de capital de 500 millions d'euros. Si l'arrivée d'Orion CMC menace de faire monter les enchères et de compliquer les plans d'acquisition à bas coût du Gabon, elle confirme surtout la valeur inestimable des gisements situés sur le sol gabonais, propulsant le pays au centre du jeu décisionnel.
Pour l'Occident, l'enjeu de cette alliance américano-émiratie dépasse les simples frontières de la finance. Le Financial Times souligne ainsi qu'un partenariat entre l'État français, actionnaire à hauteur de 27 %, et le consortium Orion CMC constituerait un jalon crucial pour sécuriser les chaînes d'approvisionnement et contrer la domination de la Chine sur le lithium et les terres rares. Après avoir déjà racheté les actifs de Glencore en République démocratique du Congo au début de l'année, Washington confirme sa stratégie agressive de sécurisation minière sur le continent africain et au-delà.
L'issue des discussions qui se jouent désormais en coulisses s'annonce cruciale pour la future gouvernance d'Eramet. Le tête-à-tête entre Paris et Libreville va donc devoir s'élargir pour intégrer, ou composer avec, les ambitions de Washington et d'Abu Dhabi. Quoi qu'il en soit, le Gabon dispose d'une carte maîtresse, son manganèse, actif le plus rentable d'Eramet, sans lequel aucune recomposition actionnariale mondiale ne pourra durablement se sceller.
Idrissa Diakité
Publié le 12/06/26 10:48
La Rédaction
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