La première unité ivoirienne d'affinage d'or doit entrer en exploitation au premier semestre 2027. Autour de cet équipement, Abidjan construit un dispositif associant production semi-industrielle, traçabilité, logistique et commercialisation internationale. Une transformation structurelle pour un pays qui ambitionne de devenir le premier producteur africain d'or à l'horizon 2035.
Pour la Côte d'Ivoire, l'enjeu aurifère ne se joue plus seulement sous terre. Il se déplace vers les autres maillons de la filière, où se concentrent la traçabilité, la transformation et la valeur commerciale du métal. Avec la Société ivoirienne des métaux précieux (SIMEP), Abidjan veut mieux maîtriser les flux provenant notamment de la petite mine, affiner localement la production et accéder directement aux marchés internationaux.
Axe central industriel de cette stratégie, la première unité nationale d'affinage doit entrer en exploitation d'ici la fin du premier semestre 2027. Les parties prenantes du projet se sont réunies pendant deux jours à Abidjan afin de coordonner sa mise en œuvre.
Clôturant les travaux le 16 septembre 2026, le ministre des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a présenté cette séquence comme "une étape décisive dans le processus de déploiement de notre stratégie de réorganisation complète de l'exploitation minière artisanale et à petite échell (EMAPE), de l'amont, la production, à l'aval, la commercialisation ".
Bien plus qu'une raffinerie
La SIMEP est une société à participation financière publique. L'État et la Société pour le développement minier de la Côte d'Ivoire (SODEMI) détiennent ensemble 49 % de son capital, tandis que la participation nationale atteint 70 %.
Ce dispositif doit également accompagner la structuration des EMAPE. En reliant la production, la collecte, l'affinage et la vente, la SIMEP doit permettre à la Côte d'Ivoire de conserver localement une part accrue de la valeur générée par sa filière aurifère.
Le Comptoir national, maillon central du dispositif
Le Comptoir national, partie intégrante de la SIMEP, devra agréger l'or produit par les EMAPE, en certifier l'origine et organiser son acheminement sécurisé vers l'unité d'affinage. Il devra également faciliter l'accès des petits producteurs au financement et promouvoir les meilleures techniques aux standards internationaux offrant de meilleurs rendements.
Son rôle sera donc essentiel pour assurer un approvisionnement régulier de la raffinerie et fédérer une production aujourd'hui répartie entre de nombreux opérateurs. Une collecte mieux structurée devrait aussi améliorer la traçabilité des volumes, renforcer la visibilité statistique du secteur et accroître les recettes publiques.
Une expertise répartie entre plusieurs partenaires
Pour mener à bien cette ambition, la Côte d'Ivoire s'est entourée de partenaires spécialisés couvrant les différents métiers de la filière. La firme américaine StoneX accompagnera la commercialisation de l'or affiné et son accès aux marchés internationaux.
Premier négociant mondial d'or non bancaire et le troisième en incluant les banques, le groupe est coté à la Bourse de New York, au Nasdaq. Ses activités couvrent notamment le négoce, le financement, la logistique, la gestion des risques et l'accès aux marchés.
" La commercialisation de l'or affiné sur le marché international s'appuiera sur la puissance financière de StoneX et sa parfaite connexion avec les acteurs clés mondiaux de la chaîne de valeur aurifère ", a expliqué le ministre.
Pour Jak Falkner, représentant de StoneX, la confiance du groupe repose autant sur l'ambition du projet que sur l'engagement des autorités ivoiriennes. " Ce qui renforce notre confiance, ce n'est pas seulement l'ambition du projet, mais également l'engagement que nous avons pu constater de la part du ministre en charge des Mines et de son administration. Il existe une volonté claire de mettre en place une structure conforme aux normes internationales et de renforcer le rôle de la Côte d'Ivoire au sein de l'écosystème mondial des métaux précieux ", a-t-il déclaré.
" Notre rôle est de contribuer à connecter la production locale aux marchés internationaux, tout en maintenant des standards élevés en matière de transparence, de conformité et d'excellence opérationnelle. C'est cette expertise que nous souhaitons mettre au service de la Côte d'Ivoire, aux côtés du Gouvernement, du ministère des Mines et de la SIMEP ", a poursuivi le représentant de StoneX.
AlphaStream organisera le circuit de collecte, tandis qu'AVA, spécialisé notamment dans le négoce des matières premières, prendra en charge la logistique et la sécurité. Le Conseil mondial de l'or, ou World Gold Council, doit, pour sa part, faciliter l'intégration de la SIMEP dans l'écosystème international et contribuer à l'adoption des meilleures pratiques.
Le projet a déjà franchi deux étapes institutionnelles importantes. Le Conseil présidentiel du 4 juin 2025 a approuvé sa note conceptuelle et le partenariat avec StoneX. Le Conseil des ministres du 3 décembre suivant a autorisé la participation de la SODEMI au capital de la société.
La prochaine étape sera opérationnelle : achever la raffinerie d'ici fin juin 2027 et déployer un réseau de collecte conforme aux normes internationales. À terme, la SIMEP doit permettre à la Côte d'Ivoire de passer du statut de producteur d'or à celui d'acteur intégré de la chaîne de valeur mondiale.
Publié le 16/09/26 18:53
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC