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Avec l'AIFF, l'Afrique ébauche les contours de sa souveraineté financière

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Avec l'AIFF, l'Afrique ébauche les contours de sa souveraineté financière

En dépit de ses vastes ressources financières, le continent demeure excessivement dépendant des financements extérieurs. Alors que les chefs d'État et de gouvernement africains viennent d'acter le lancement d'un nouveau mécanisme de financement des infrastructures, la vision de Constantin Dabiré, fondateur de la société SA2IF, fait office de boussole : le secteur privé africain doit rester un relais de choix pour mobiliser les bons capitaux au bon moment.

De 100 à 220 milliards de dollars selon les estimations : ce serait le montant, annuel, du déficit en financement des infrastructures en Afrique. Pour le continent, l'équation est simple : pas de financement, pas d'infrastructures ; pas d'infrastructures, pas de développement économique et social pour ses quelque 1,3 milliard d'habitants. Non que l'Afrique ne dispose d'importantes ressources financières ; mais elle fait face, pour les mobiliser, à de persistantes contraintes structurelles : marchés de capitaux fragmentés, coût du capital ou encore dépendance à des systèmes financiers extérieurs mal adaptés aux réalités du continent.

Réunis en marge du 39e sommet de l'Union africaine (UA), les chefs d'État et de gouvernement africains participant, mi-février, au Troisième Dialogue présidentiel de haut niveau de l'Agence des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), ont pris acte de ce déséquilibre. " L'Afrique dispose de réserves de capitaux nationaux dépassant 2 500 milliards de dollars US ", a ainsi souligné le président du Ghana, John Dramani Mahama. Mais, a poursuivi le chef d'État, encore faudrait-il que le continent parvienne à orienter ces ressources, de manière stratégique, vers les infrastructures, l'industrialisation et l'emploi. Vaste programme.

Le mécanisme AIFF, une réponse politique à une problématique financière

L'ampleur de ces défis faisant l'objet d'un vaste consensus parmi les dirigeants africains, ceux-ci ont convenu au terme du sommet de l'UA de la création d'un dispositif aussi original qu'ambitieux : le Mécanisme africain de financement des infrastructures (AIFF). Inédite, cette plateforme est destinée à favoriser la préparation et le financement de grands projets d'infrastructures transfrontaliers, à renforcer leur viabilité financière et à attirer les investisseurs institutionnels de l'ensemble du continent. En d'autres termes, l'AIFF se propose de combler l'écart persistant entre l'ambition politique d'une part, et l'exécution financière des projets de l'autre. De passer des paroles aux actes, en somme.

Pour l'heure en effet, quantité de projets d'infrastructures demeurent tributaires d'une insuffisante préparation, d'une structuration financière lacunaire ou encore d'un mauvais alignement avec les exigences des investisseurs. Piloté par les Africains eux-mêmes et non par de lointaines institutions internationales, l'AIFF se veut donc un maillon inséré dans une future architecture financière cohérente, ambitieuse et inclusive ; un levier vers la souveraineté financière africaine. Car " sans institutions financières continentales crédibles ", a encore mis en garde John Dramani Mahama devant ses homologues, " l'Afrique continuera de dépendre de manière disproportionnée des fournisseurs de liquidités (…) et des cadres de surveillance externes ".

Le secteur privé, catalyseur de la souveraineté financière africaine

 
Ces problématiques sont connues depuis longtemps des dirigeants africains, publics comme privés. Elles sont particulièrement saillantes au sein de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), un marché sur lequel les ressources financières ne manquent pas mais demeurent peu mobilisées et mal fléchées. C'est le constat que dresse Constantin Dabiré, fondateur de la société financière burkinabé SA2IF, selon qui " les besoins en termes de mobilisation de ressources pour le financement des infrastructures en Afrique de l'Ouest sont énormes, colossaux ". " La liquidité existe ", poursuit le dirigeant, " mais elle n'est pas sur le bon créneau ".

Comment, dès lors, parvenir à mobiliser ces ressources sur un marché aussi " stressé " que celui de l'UEMOA ? En imaginant " des produits adaptés au financement des infrastructures ", répond Constantin Dabiré, qui verrait d'un bon œil la création d' " obligations d'infrastructures " ou de " diaspora bonds " captant la liquidité de la diaspora africaine de par le monde. " Il (…) faut (…) drainer cette liquidité ''dormante'' ", qu'elle se trouve chez les particuliers, les commerçants ou les expatriés africains, " vers le marché boursier et les infrastructures ", appelle de ses vœux le fondateur de la SA2IF. Autrement dit, permettre aux Africains eux-mêmes de mobiliser leur épargne en faveur des infrastructures de leur continent.


Pas de grands projets d'infrastructures sans réforme du système financier africain
 

Les initiatives telles que celles promues par la SA2IF et d'autres acteurs privés peuvent bien fleurir, mais " rien ", rappelle Constantin Dabiré, " ne se fera sans d'importantes réformes du système financier (africain) afin d'accroître (…) sa liquidité ". Moins dépendre des grands argentiers internationaux et renforcer les capacités d'auto-financement africaines apparaissent ainsi comme les conditions sine qua non d'une souveraineté financière renouvelée. Le lancement récent de l'AIFF représente, à ce titre, une étape attendue, nécessaire pour répondre aux besoins d'infrastructures sur le continent ; sera-t-il un coup d'épée dans l'eau, ou un catalyseur de nouvelles initiatives permettant au continent d'atteindre son plein potentiel ?

Publié le 23/03/26 09:43

Communiqué

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