Le Burkina Faso a annoncé depuis ce 16 mars, la suspension temporaire de l'exportation de la tomate fraîche, afin de garantir l'approvisionnement des unités industrielles de transformation. En effet, les unités locales de transformation de la tomate peinent à fonctionner à plein régime faute d'approvisionnement suffisant.
Voir aussi - Burkina Faso : Plus de 2 milliards FCFA mobilisés pour l'achat de la production de tomate
Selon les autorités, ces industries n'ont besoin que de 20 à 25% de la production nationale pour tourner efficacement. Un seuil relativement modeste, en théorie compatible avec les intérêts des producteurs, puisque 75 à 80% des volumes resteraient destinés aux marchés, notamment à l'exportation, souvent plus rémunératrice. Mais dans les faits, les engagements pris par les acteurs de la filière n'ont pas été respectés, laissant les usines en sous-capacité chronique. Cette situation révèle une faille structurelle, à savoir l'absence de mécanismes contraignants ou incitatifs suffisamment efficaces pour orienter une partie de la production vers la transformation locale.
Une facture d'importation qui pèse
L'enjeu dépasse largement la seule organisation de la filière. Le Burkina Faso consacre chaque année près de 5 milliards FCFA, à l'importation de pâte de tomate. Un paradoxe pour un pays producteur. Cette dépendance extérieure constitue une fuite de devises et un manque à gagner en termes de valeur ajoutée locale. En favorisant l'approvisionnement des unités industrielles, les autorités espèrent inverser cette tendance. L'objectif est double : substituer progressivement les importations et stimuler la création d'emplois dans l'agro-industrie, un secteur clé pour la transformation structurelle de l'économie.
Pour la campagne 2025, des semences hybrides adaptées à la transformation ainsi que 17 000 tonnes d'engrais ont été distribuées aux producteurs. Des équipements d'irrigation, motopompes et tubes en PVC, ont été subventionnés jusqu'à 65%, tandis que les coûts de labour ont été réduits grâce à des appuis publics. Ces efforts traduisent une volonté de structurer une filière intégrée, de la production à la transformation.
Voir aussi - Ghana : L'attaque djihadiste au Burkina fait flamber de 33% les prix de la tomate
Si la mesure peut apparaître cohérente sur le plan macroéconomique, elle n'est pas sans risques. La suspension des exportations pourrait, à court terme, affecter les revenus des producteurs, notamment ceux qui bénéficient de débouchés extérieurs plus lucratifs. Le gouvernement assure toutefois que cette décision est temporaire et conditionnée à l'atteinte des volumes nécessaires pour les industries. Une promesse qui devra être scrutée de près, tant la confiance des producteurs est un facteur déterminant pour la réussite de la stratégie.
La suspension des exportations de tomate au Burkina Faso apparaît ainsi comme un test grandeur nature. Si elle permet effectivement de dynamiser l'industrie locale sans pénaliser durablement les producteurs, elle pourrait servir de modèle pour d'autres filières.
Publié le 18/03/26 10:35
Narcisse Angan
SN
CEMAC