Le Cameroun a lancé, le 16 septembre 2026 à Yaoundé, un nouveau dispositif destiné à faciliter l'accès au financement des entreprises et coopératives agricoles, tout en orientant les investissements vers des pratiques compatibles avec la préservation des forêts. Baptisé " Investment Development & PSE Hub ", le projet est porté par l'Initiative pour le commerce durable (IDH) et financé par l'Initiative pour les forêts de l'Afrique centrale (CAFI). Il court du 25 avril 2026 au 25 janvier 2031, avec IDH comme organisme d'exécution et le ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire comme partenaire national.
CAFI a engagé une première enveloppe de 24,5 millions de dollars, soit environ 14 milliards FCFA, dont les fonds ont déjà été transférés, selon l'organisation. Ce montant sera décaissé progressivement, au rythme de l'avancement du projet, des engagements pris par le secteur privé et des résultats environnementaux obtenus sur le terrain, précise IDH.
Cette enveloppe ne constitue toutefois pas un financement directement remis aux PME agricoles. Elle sert à mettre en place le dispositif et à réduire certains obstacles qui empêchent les entreprises du secteur d'accéder aux capitaux. L'appui prend notamment la forme d'assistance technique, de capital d'amorçage remboursable et de mise en relation avec des banques, des investisseurs ou des acheteurs. Les établissements financiers et les investisseurs conservent leur propre analyse du risque.
IDH cible notamment le " missing middle ", cette catégorie d'entreprises trop importantes pour relever de la microfinance, mais encore insuffisamment structurées ou jugées trop risquées pour accéder au crédit bancaire classique. L'organisation accompagne ces acteurs dans la construction de leur modèle économique, leur plan d'investissement et leur préparation financière, avant de les orienter vers des banques, des institutions de microfinance, des investisseurs ou des acheteurs industriels.
Une PME ou une coopérative peut, par exemple, être accompagnée pour développer une activité agricole intégrant l'agroforesterie, la restauration des terres dégradées ou des pratiques permettant de limiter l'expansion agricole sur les espaces forestiers. L'objectif est de rendre ces modèles économiquement viables et suffisamment structurés pour attirer des capitaux privés.
Un mécanisme qui relie investissement et conservation
L'Investment Development & PSE Hub prévoit d'abord une assistance technique destinée aux PME, aux coopératives et aux entreprises agroalimentaires. Il comprend ensuite un mécanisme de capital d'amorçage remboursable visant à réduire les risques liés aux investissements de démarrage.
Le troisième volet concerne les paiements pour services environnementaux (PSE). Ce mécanisme doit permettre de rémunérer des producteurs ou des acteurs locaux pour des pratiques générant des bénéfices environnementaux, notamment en matière d'agroforesterie, de restauration des terres ou de maintien du couvert végétal. Le quatrième volet doit mettre en relation les investisseurs avec les acteurs susceptibles de financer ou d'acheter ces services environnementaux.
Les entreprises sont donc les acteurs économiques susceptibles de porter ou de structurer des investissements dans les chaînes de valeur agricoles. Les objectifs environnementaux constituent, eux, les résultats que le programme cherche à obtenir en contrepartie de cette mobilisation de capitaux.
À cette première enveloppe s'ajoute une ambition de mobilisation de 29 millions de dollars, soit près de 16,5 milliards FCFA, d'ici 2030. Ces ressources supplémentaires doivent provenir du financement commercial privé, du financement climatique et des mécanismes de paiement pour services environnementaux.
Le cacao au cœur du dispositif
IDH intervient au Cameroun depuis 2019 à travers son Green Commodity Landscape Program dans le Grand Mbam, avec des actions portant notamment sur l'agroforesterie cacaoyère, la cartographie des exploitations et la gestion communautaire des forêts.
Le cacao figure parmi les chaînes de valeur identifiées par IDH comme susceptibles d'exercer une pression sur les forêts camerounaises, aux côtés du palmier à huile, du caoutchouc, du café et de certaines cultures vivrières. Le pays aurait perdu environ 1,5 million d'hectares de couvert arboré entre 2001 et 2020, dont près de la moitié en forêt primaire, selon les données citées par IDH.
Le programme prévoit ainsi de placer 9 950 hectares de terres agricoles sous des pratiques vérifiées sans déforestation et résilientes au climat. Il prévoit également des actions d'afforestation, de reforestation, de régénération naturelle assistée et de protection sur 7 000 hectares de terres forestières et de savane.
Claude Paul Tjeg
Publié le 22/09/26 06:46
La Rédaction
SN
CEMAC