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Cameroun : La Caisse des dépôts a collecté 162,3 milliards FCFA en trois ans, mais le transfert des fonds reste conflictuel

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Les cautions d'abonnés, les dépôts et les sommes consignées constituent des ressources que des banques, des compagnies d'assurance et certains opérateurs économiques détiennent pour le compte de tiers.

Au Cameroun, la Caisse des dépôts et consignations (CDEC) est chargée de centraliser et de sécuriser ces fonds. Trois ans après le lancement de ses activités, l'institution revendique 162,3 milliards FCFA collectés, mais se heurte encore à des résistances dans le transfert des ressources concernées.

Le directeur général de la CDEC, Richard Evina Obam, a présenté ce bilan à la presse le 30 octobre 2026 à Yaoundé. Les chiffres couvrent la période allant du 20 janvier 2023, date de nomination de l'équipe dirigeante, au 30 septembre 2026.

Sur les 162,3 milliards FCFA mobilisés, 114,3 milliards proviennent de fonds antérieurs à la mise en place de l'institution, tandis que 48 milliards correspondent aux nouvelles consignations enregistrées depuis son démarrage. Sur ce montant global, 30,5 milliards FCFA ont été restitués aux ayants droit, soit environ 18,8 %. Le solde encore sous gestion s'établit ainsi à 131,8 milliards FCFA.

La collecte a connu sa plus forte progression en 2024, avec 67,7 milliards FCFA, après un démarrage à 1,5 milliard en 2023. Elle s'est ensuite établie à 51,7 milliards en 2025, puis à 41,5 milliards au cours des neuf premiers mois de 2026. Les restitutions ont également progressé au fil des exercices : 0,7 milliard FCFA en 2024, 15,9 milliards en 2025 et 13,9 milliards à fin septembre 2026.

Les titres publics absorbent l'essentiel des placements

Au-delà de la collecte et de la restitution des fonds, la CDEC a commencé à investir les ressources mobilisées en décembre 2024, avec un premier placement de 9 milliards FCFA. Les montants investis ont ensuite atteint 60 milliards en 2025 et 61,2 milliards en 2026. Plus de 80 % de ces placements sont orientés vers la dette publique camerounaise, notamment les bons du Trésor, les obligations du Trésor et les emprunts obligataires.

En 2026, l'institution a également élargi ses investissements aux titres publics d'autres pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). Cette diversification lui permet de participer au financement des États de la sous-région, tout en répartissant ses placements entre plusieurs émetteurs souverains. Les rendements indicatifs annoncés avoisinent 6 % en 2025 et 6,5 % en 2026.

Cette stratégie d'investissement reste toutefois tributaire de la capacité de la CDEC à récupérer l'ensemble des ressources relevant de son périmètre. Or, le transfert des fonds constitue encore un point de friction avec plusieurs établissements financiers.

Selon les données présentées par la direction générale, plus d'une centaine d'affaires sont pendantes devant les juridictions, dont 101 procédures dans lesquelles la CDEC est défenderesse. Des banques et plusieurs compagnies d'assurance contestent certaines mesures de transfert ou de recouvrement.

Face à ces résistances, la CDEC a engagé 16 procédures judiciaires, notamment devant la Cour de justice de la CEMAC. Les discussions se poursuivent par ailleurs avec 14 des 18 banques concernées. En 2025, les établissements faisant l'objet de poursuites ont reversé 11,7 milliards FCFA à la caisse.

La CDEC défend sa place dans l'architecture financière

Dans ce contexte, Richard Evina Obam insiste sur la vocation spécifique de l'institution, qu'il présente comme un instrument de financement de long terme. " La particularité de notre institution réside notamment dans sa vocation de long terme.

Dans un contexte où les besoins de développement exigent des ressources pérennes, une gestion prudente et une vision durable, la CDEC a vocation à apporter une contribution spécifique à l'architecture financière nationale ", affirme-t-il.

Cette ambition suppose toutefois une articulation claire entre les missions de la CDEC et celles des autres institutions financières de la sous-région. Évoquant les échanges avec la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) et la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC), respectivement banque centrale et autorité de supervision bancaire de la CEMAC, le directeur général plaide pour " un dialogue constructif, dans lequel chacun peut exercer pleinement ses responsabilités ".

Les relations entre la CDEC et les autorités de régulation financière de la CEMAC restent marquées par un différend sur le transfert des avoirs en déshérence et sur la supervision de la caisse par la COBAC.

Si la BEAC a engagé des concertations pour rapprocher les positions, la CDEC conteste toujours la compétence du régulateur bancaire communautaire pour encadrer ses missions de service public. Elle a saisi la Cour de justice de la CEMAC d'un recours en annulation contre le règlement communautaire qui organise cette supervision.

Claude Paul Tjeg 

Publié le 02/11/26 15:07

La Rédaction

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