Les États de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) accumulent les retards de paiement envers la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC). Au 30 juin 2026, les sommes échues et non remboursées atteignaient 187,9 milliards FCFA, contre 139,1 milliards six mois plus tôt, soit une hausse de 35 %. Ces impayés représentent désormais un quart des prêts accordés par la banque, contre 19 % à fin 2025.
Pour récupérer cet argent, les ministres de l'Économie et des Finances de la sous-région ont adopté, en avril 2026, un plan prévoyant le remboursement des arriérés sur deux ans, en concertation avec la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC). La moitié des sommes concernées serait couverte par un prélèvement sur les dividendes que la BEAC doit verser au titre des exercices 2025 et 2026. Pour l'autre moitié, la BDEAC prévoit une opération de titrisation, qui consiste à transformer des créances en titres financiers afin de mobiliser des fonds.
Le plan n'est cependant pas encore définitivement validé. Il reste soumis à la consultation des plus hautes autorités nationales. Les états financiers de la BDEAC ne précisent ni le montant exact des dettes des États visées par ce mécanisme, ni la part due par chaque pays, ni les modalités de financement de la seconde moitié.
Les réserves de trésorerie fondent
La situation est d'autant plus préoccupante que les ressources financières immédiatement disponibles de la banque diminuent. Entre décembre 2025 et juin 2026, sa trésorerie propre est passée de 115,4 à 62,8 milliards FCFA, soit une chute de 45,6 %. Sa trésorerie totale a reculé de 128,3 à 84,8 milliards FCFA sur la même période.
Cette baisse s'explique notamment par les sommes que la banque continue de verser pour financer les projets déjà approuvés, mais aussi par le faible niveau des apports de ses actionnaires et par le remboursement de ses propres dettes. Au premier semestre 2026, les actionnaires n'ont versé que 795 millions FCFA à la banque, contre 18,5 milliards FCFA un an auparavant.
La BDEAC attend encore 177,2 milliards FCFA de ses actionnaires au titre de leurs engagements en capital. Sur ce montant, 135,18 milliards FCFA restent dus par les six États de la CEMAC. Il s'agit de sommes que ces pays se sont engagés à apporter à la banque, mais qu'ils n'ont pas encore versées malgré les appels de fonds.
Les risques de non-remboursement augmentent
Les difficultés ne concernent pas uniquement les retards de paiement déjà enregistrés. La banque constate aussi une augmentation des prêts pour lesquels le remboursement devient plus incertain. Leur montant est passé de 360,1 à 434,1 milliards FCFA en six mois. Ces prêts représentent désormais 58 % de l'ensemble du portefeuille, contre 50 % à fin 2025.
Les prêts considérés comme douteux, pour lesquels la banque identifie des risques sérieux de non-remboursement, ont également augmenté, passant de 11,3 à 27,5 milliards FCFA.
Un indicateur évolue toutefois dans le sens inverse : les créances les plus dégradées ont diminué de 2 milliards FCFA, soit 3,6 %, grâce aux opérations de recouvrement, selon la BDEAC. La banque précise par ailleurs qu'aucune créance n'a été définitivement considérée comme une perte au premier semestre 2026.
Claude Paul Tjeg
Publié le 28/10/26 12:08
La Rédaction
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