La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a suspendu, depuis le 2 avril 2026, l'examen de nouvelles demandes de refinancement des crédits à moyen terme destinés au secteur productif. Cette décision, prise lors d'une réunion du Comité de politique monétaire, prive temporairement les banques commerciales et les porteurs de projets industriels d'un mécanisme qui avait récemment permis de mobiliser plusieurs dizaines de milliards de FCFA pour financer des investissements dans les mines, les télécommunications et l'agro-industrie.
L'information a été révélée au début du mois de juin. Interrogée par le média spécialisé Défis Actuels, une source interne à la banque centrale explique qu'" il s'agit d'une suspension provisoire, le temps de nous permettre de moderniser le mécanisme de fonctionnement de ce guichet qui, comme vous le savez, est un mécanisme ancien. Pour l'instant, nous ne recevons plus de nouvelles demandes de refinancement provenant des banques commerciales, mais nous continuons à traiter les dossiers déjà reçus par la banque centrale avant cette décision de suspension ".
Cette décision intervient pourtant à un moment où le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, multipliait encore les appels en faveur d'un recours accru à ce dispositif. Lors de la Finance Week organisée récemment à Yaoundé, le responsable de l'institut d'émission avait de nouveau encouragé les établissements de crédit à soumettre des projets susceptibles de soutenir la production locale et de réduire la dépendance de la sous-région aux importations.
Les chiffres publiés par la banque centrale montrent d'ailleurs que ce mécanisme commençait à être utilisé à plus grande échelle. En 2025, la BEAC a ainsi validé le refinancement de crédits représentant 41,2 milliards de FCFA pour le projet minier de Bipindi-Grand Zambi, au Cameroun, 31,3 milliards de FCFA pour le programme d'investissement de l'opérateur public Camtel, 30 milliards de FCFA mobilisés par CCA Bank pour un projet minier au Congo, ainsi que 20 milliards de FCFA accordés à Afriland First Bank pour le financement d'une huilerie portée par la Sodecoton.
Un instrument conçu pour soutenir la production locale
Le dispositif concerné, connu au sein de la banque centrale sous l'appellation de " guichet B ", permet aux banques commerciales d'obtenir des ressources de refinancement lorsqu'elles accordent des crédits destinés à financer certains investissements productifs de moyen terme. Les secteurs éligibles comprennent notamment les mines, l'agro-industrie, les télécommunications et les activités de transformation.
Pour les six pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), cet instrument occupait une place particulière dans un contexte marqué à la fois par la fragilité des réserves de change et par une forte dépendance aux biens importés. Dans cette perspective, le mécanisme de refinancement était présenté comme l'un des rares outils de politique monétaire capables d'agir directement sur ces deux problématiques. En facilitant le financement de projets destinés à produire localement des biens jusque-là importés, il contribuait à la substitution aux importations, à l'amélioration de la balance des paiements et, plus largement, au renforcement de la résilience extérieure de la sous-région.
Cette orientation explique les efforts de promotion engagés par la banque centrale au cours des derniers mois. En juin 2025, lors d'une rencontre organisée à Bangui, Yvon Sana Bangui regrettait que les banques commerciales " méconnaissaient totalement " l'existence de ce mécanisme pourtant disponible depuis les années 1990. Une campagne de sensibilisation avait alors été lancée auprès des établissements de crédit afin d'encourager son utilisation et d'accroître le volume des projets présentés à la banque centrale.
Une suspension qui interroge
La suspension temporaire du guichet intervient ainsi au moment où les premiers résultats de cette stratégie commençaient à se matérialiser. Au-delà de la seule question du refinancement bancaire, l'enjeu touche en effet aux politiques de transformation économique poursuivies dans l'ensemble de la sous-région.
Les États de la CEMAC affichent tous, à des degrés divers, des ambitions de transformation structurelle de leurs économies fondées sur le développement d'activités productives locales. Le Cameroun s'appuie sur la Stratégie nationale de développement 2020-2030, le Gabon poursuit son programme de transformation économique, tandis que le Congo cherche notamment à accroître la valorisation locale de ses ressources en hydrocarbures.
Dans ce contexte, le refinancement des crédits d'investissement apparaissait comme un complément aux politiques nationales d'industrialisation. " Refinancer des crédits à moyen terme fléchés vers l'investissement productif local — mines, agro-industrie, télécommunications, transformation —, c'est contribuer à réduire la facture des importations, à accroître les recettes en devises et, in fine, à sécuriser les équilibres extérieurs de la zone ", souligne un expert.
Pour les banques comme pour les promoteurs de projets industriels, la fermeture temporaire de cette fenêtre de refinancement intervient dans un environnement où les financements de long terme demeurent rares et coûteux. Même si la banque centrale insiste sur le caractère provisoire de la mesure, celle-ci prive, pour l'instant, les économies de la CEMAC d'un canal de financement qui commençait à soutenir de manière concrète plusieurs projets d'investissement productif dans la sous-région.
Perton Biyiha
Publié le 11/06/26 12:49
La Rédaction
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