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Dr Harouna KABORÉ, PCA de WITBA INVEST SA : ‘’L’industrialisation de l’Afrique ne se mesure plus en intentions, mais en indices’’

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Dr Harouna KABORÉ, PCA de WITBA INVEST SA :

L'industrialisation de l'Afrique ne se mesure plus en intentions, mais en indices

À l'heure où l'Afrique cherche à transformer ses ambitions industrielles en trajectoires concrètes de croissance, un nouvel outil entend changer la lecture de l'investissement productif sur le continent. Avec le lancement de l'African Industrial Investment Barometer (AfIIB), en marge des 61es Assemblées annuelles de la BAD, de la WITBA INVEST SA propose une grille inédite d'analyse de la dynamique industrielle africaine, fondée sur des données, des indices composites et une approche qualitative des projets.

Derrière cette initiative, Dr Harouna KABORÉ, PCA de WITBA INVEST SA, défend une conviction forte : sans intelligence économique robuste, pas de transformation industrielle durable ni de souveraineté économique réelle. Dans un entretien exclusif, il revient sur les ambitions, la méthodologie et les premiers enseignements de ce baromètre pensé comme un véritable instrument d'aide à la décision pour gouvernements et investisseurs.

En lançant le tout premier African Industrial Investment Barometer (AfIIB), quelle ambition stratégique poursuit aujourd'hui WITBA INVEST SA pour le continent africain ?

En initiant le premier baromètre de l'investissement industriel en Afrique (AfIIB), l'ambition de WITBA INVEST SA est de contribuer à la construction d'une intelligence économique industrielle africaine capable d'éclairer les décisions d'investissement industriel à l'échelle du continent.

En initiant le premier baromètre de l'investissement industriel en Afrique (AfIIB), l'ambition de WITBA INVEST SA est de contribuer à la construction d'une intelligence économique industrielle africaine capable d'éclairer les décisions d'investissement industriel à l'échelle du continent. Nous sommes convaincus qu'il ne peut y avoir de transformation industrielle durable sans instruments crédibles de mesure, d'analyse et d'orientation.

L'AfIIB est né de cette conviction. Il vise à fournir aux gouvernements, aux investisseurs, aux institutions financières et aux industriels une lecture rigoureuse des dynamiques réelles de l'investissement industriel en Afrique. Notre objectif est de contribuer à faire émerger une culture de la décision fondée sur les données, l'anticipation stratégique et l'évaluation permanente des performances industrielles. Au-delà d'un rapport, nous avons voulu créer un véritable bien public informationnel africain au service de l'industrialisation du continent.

Le lancement de l'AfIIB intervient en marge des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement à Brazzaville. Quel message souhaitez-vous envoyer aux décideurs africains et internationaux à travers ce timing hautement symbolique ?

Notons que le thème central des Assemblées cette année portait sur la mobilisation des ressources à grande échelle pour financer le développement de l'Afrique. Or, il est impossible de financer efficacement ce que l'on mesure mal.

Le choix de Brazzaville et des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) n'est pas anodin avec la précision que c'est une opportunité offerte par la BAD elle-même pour la tenue d'un side event sur la présentation du rapport du baromètre. Notons que le thème central des Assemblées cette année portait sur la mobilisation des ressources à grande échelle pour financer le développement de l'Afrique. Or, il est impossible de financer efficacement ce que l'on mesure mal. Le 25 mai était également la journée de l'Afrique. Disons que les étoiles étaient alignées pour la présentation du premier baromètre de l'investissement industriel en Afrique.

Quant à notre message il est simple : l'Afrique doit désormais développer ses propres instruments d'intelligence économique, de mesure et de pilotage de sa transformation productive. Le lancement du Baromètre dans ce cadre traduit notre volonté de participer à la réflexion continentale sur les moyens de mieux orienter les capitaux vers les secteurs industriels créateurs d'emplois, de valeur ajoutée et de souveraineté économique.

L'industrialisation doit devenir l'un des principaux véhicules de transformation de l'épargne africaine en investissement productif.

Concrètement, comment fonctionne l'African Industrial Investment Barometer ? Quels sont les principaux indicateurs analysés dans ce nouvel outil ?

Le Baromètre analyse notamment les volumes d'investissement industriel, les projets annoncés et réalisés, les secteurs bénéficiaires, la répartition géographique des investissements, les niveaux de création d'emplois, les impacts sur les chaînes de valeur locale, ainsi que les performances relatives des différents pays africains.

L'AfIIB repose sur une approche multidimensionnelle qui permet d'appréhender l'investissement industriel sous plusieurs angles complémentaires. Le Baromètre analyse notamment les volumes d'investissement industriel, les projets annoncés et réalisés, les secteurs bénéficiaires, la répartition géographique des investissements, les niveaux de création d'emplois, les impacts sur les chaînes de valeur locale, ainsi que les performances relatives des différents pays africains. Nous avons également intégré des dimensions stratégiques telles que l'environnement des affaires, la qualité des infrastructures industrielles, l'énergie, la logistique, la gouvernance, les considérations environnementales et les critères ESG. L'objectif est d'aller au-delà des simples statistiques pour offrir une lecture dynamique des trajectoires industrielles du continent.

Cette approche a permis de dépasser les simples agrégats macroéconomiques en développant trois indices composites et en intégrant un instrument de suivi qualitatif des investissements africains qui est ‘'l'usine du Futur'' :

L'Indice de Diversification Industrielle (IDI) : Il mesure le degré de diversification des projets manufacturiers dans un pays ou une région. Il combine la variété sectorielle (40%), le dynamisme des projets (40%) et l'équilibre de la répartition (Indice de Shannon, 20%).

L'Indice d'Attractivité Industrielle (IAI) : Il évalue la capacité la capacité d'un pays ou d'une région à attirer les investissements industriels étrangers. Il pondère à parts égales l'impact économique (volumes d'investissement rapportés au PIB) et la qualité structurelle (diversité des pays origines, des secteurs et part de greenfield).

L'Indice d'Ancrage Productif (IAP) : Il mesure le degré d'intégration des projets industriels dans l'économie régionale. Il agrège le niveau de sophistication/transformation des projets (50%) et leur intégration verticale dans les chaînes de valeur régionales (50%).

Les critères ‘'Usine du Futur'' : Le Baromètre de l'Investissement Industriel en Afrique ne se limite pas à un recensement quantitatif des flux de capitaux continentaux. Il constitue également un outil d'évaluation qualitative des projets industriels, énergétiques, agricoles et extractifs, interrogeant leur contribution au développement territorial, leur soutenabilité environnementale, et leur inclusivité sociale. Cette dimension qualitative opérationnalisé à travers une grille d'analyse multicritères baptisée ‘'Usine du Futur'', permettant d'identifier et de documenter les innovations techniques, sociales et territoriales portées par les investissements africains. Cette approche répond à une nécessité analytique majeure : dans un contexte où l'Afrique attire des volumes croissants d'investissements étrangers et domestiques, la question n'est plus seulement de savoir combien le continent capte, mais comment ces capitaux transforment durablement les territoires, intègrent les populations locales, et limitent leurs empreintes environnementales. Le Baromètre documente ainsi non seulement les montants investis, mais également les modalités d'ancrage territorial, les efforts de décarbonation, les transferts de compétences, et les mécanismes de redistribution des bénéfices économiques.

Quelle méthodologie avez-vous développée afin de garantir la fiabilité et la crédibilité des données publiées ?

Notre méthodologie repose donc sur la collecte, la vérification croisée et l'analyse de milliers de données issues de sources publiques, institutionnelles, industrielles et financières. Chaque information est soumise à un processus rigoureux de validation avant son intégration dans les analyses finales.

La crédibilité du Baromètre repose sur l'expertise de WITBA INVEST SA en intelligence économique, en performance industrielle et en analyse stratégique. Cette expertise s'appuie sur le croisement de 3 bases de données primaires : la base ‘'Industries & Strategies'' de notre partenaire TRENDEO qui recense plus de 2 600 projets d'investissements industriels en Afrique sur la période 2016-2025, caractérisés par leur localisation, leur secteur (nomenclature ISIC affinée) et leur phasage temporel ; la base des Infrastructures PIDA (PAP2) fournie par l'AUDA-NEPAD et qui cartographie les corridors transfrontaliers stratégiques ; et la cartographie des Zones Économiques Spéciales (ZES) issue des données d'Open Zone Map (Adrianople Group, 2024), permettant de localiser l'offre d'accueil industriel.

Notre méthodologie repose donc sur la collecte, la vérification croisée et l'analyse de milliers de données issues de sources publiques, institutionnelles, industrielles et financières. Chaque information est soumise à un processus rigoureux de validation avant son intégration dans les analyses finales.

Selon les premières analyses de l'AfIIB 2026, quels enseignements majeurs ressortent déjà de cette première édition concernant la compétitivité industrielle du continent ?

Nous observons une montée progressive des investissements dans plusieurs secteurs stratégiques tels que l'agro-industrie, les matériaux de construction, l'énergie, les industries pharmaceutiques, les équipements industriels et certaines activités manufacturières à plus forte valeur ajoutée.

Le premier enseignement est que l'Afrique industrielle est une réalité en construction et non une simple ambition politique. Nous observons une montée progressive des investissements dans plusieurs secteurs stratégiques tels que l'agro-industrie, les matériaux de construction, l'énergie, les industries pharmaceutiques, les équipements industriels et certaines activités manufacturières à plus forte valeur ajoutée.

Le deuxième enseignement est que les performances demeurent très contrastées selon les pays. Les États qui obtiennent les meilleurs résultats sont généralement ceux qui ont réussi à créer un environnement plus cohérent entre politiques industrielles, infrastructures, énergie, logistique et attractivité des investissements.

Enfin, le Baromètre montre que le principal défi n'est plus uniquement l'élaboration de stratégies industrielles. Il réside davantage dans la capacité d'exécution, la cohérence des politiques publiques et la mobilisation des financements nécessaires à leur mise en œuvre.

Comment cet outil peut-il contribuer à améliorer la perception du risque Afrique auprès des investisseurs internationaux ?

L'un des principaux facteurs de perception du risque est l'insuffisance d'informations fiables et comparables. Le Baromètre contribue précisément à réduire cette asymétrie d'information.

L'un des principaux facteurs de perception du risque est l'insuffisance d'informations fiables et comparables. Le Baromètre contribue précisément à réduire cette asymétrie d'information. En fournissant des données structurées, des analyses comparatives et une meilleure visibilité sur les tendances industrielles, il permet aux investisseurs d'apprécier plus objectivement les opportunités et les risques.

Nous pensons qu'une partie du risque perçu sur l'Afrique est en réalité un déficit de connaissance. Plus l'information est transparente et documentée, plus les investisseurs sont capables de prendre des décisions rationnelles. Le Baromètre participe ainsi à la construction d'un récit fondé sur les faits plutôt que sur les perceptions.

Comment comptez-vous assurer la pérennité de cette publication annuelle et son inscription durable dans le paysage institutionnel africain ?

La pérennité du Baromètre reposera avant tout sur sa capacité à produire une information utile, crédible et attendue par les décideurs publics et privés. Lorsque la qualité et l'utilité d'un outil sont reconnues, son institutionnalisation devient une conséquence naturelle.

Notre ambition est de faire de l'AfIIB un rendez-vous annuel de référence pour l'investissement industriel africain. Pour y parvenir, nous travaillons à renforcer progressivement le réseau de partenaires institutionnels, universitaires, financiers et industriels associés au projet. Nous souhaitons également développer des éditions thématiques, et davantage de déclinaisons nationales ainsi que des analyses sectorielles approfondies.

La pérennité du Baromètre reposera avant tout sur sa capacité à produire une information utile, crédible et attendue par les décideurs publics et privés. Lorsque la qualité et l'utilité d'un outil sont reconnues, son institutionnalisation devient une conséquence naturelle.

Envisagez-vous à terme des collaborations avec des banques centrales, institutions régionales ou marchés financiers africains afin d'élargir la portée du Baromètre ?

Absolument ! Nous considérons que l'industrialisation est un sujet transversal qui concerne autant les États que les banques centrales, les institutions financières régionales, les bourses de valeurs, les agences de développement et les investisseurs privés. Nous souhaitons développer des partenariats permettant d'enrichir les données du Baromètre, d'améliorer les analyses et de renforcer sa diffusion à travers le continent.

Notre vision est de faire de l'AfIIB une plateforme collaborative capable de fédérer les acteurs qui partagent la même ambition : accélérer la transformation productive de l'Afrique.

Après cette première édition du AfIIB, quelles sont les prochaines étapes pour WITBA INVEST SA dans le domaine de l'intelligence économique et financière africaine ?

Nous travaillons également sur le développement d'un écosystème complet autour du Baromètre comprenant des rapports spécialisés, des conférences annuelles et des plateformes d'information stratégique.

Le lancement du Baromètre n'est pas une ligne d'arrivée ; c'est une étape supplémentaire dans la vision que nous portons depuis plusieurs années. Nous souhaitons approfondir davantage nos travaux sur l'intelligence économique industrielle et contribuer sur le développement des mécanismes africains de financement de l'industrialisation, de la compétitivité territoriale, des chaînes de valeur stratégique africaines et de nouvelles dynamiques géoéconomiques qui influencent l'investissement.

Nous travaillons également sur le développement d'un écosystème complet autour du Baromètre comprenant des rapports spécialisés, des conférences annuelles et des plateformes d'information stratégique.

Notre conviction demeure inchangée : l'Afrique doit produire davantage de connaissances stratégiques sur elle-même afin de mieux orienter son développement. L'intelligence économique n'est pas un luxe pour le continent ; elle constitue aujourd'hui une nécessité stratégique pour réussir son industrialisation et renforcer sa souveraineté économique.

Envoyé spécial à Brazzaville, Congo

Publié le 15/06/26 12:13

Dr Ange Ponou

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