''Nous avons déjà mis en place une centrale d'achat dédiée aux produits alimentaires. Parallèlement, nous travaillons à la création d'une nouvelle centrale d'achat pour les matériaux de construction. Nous avons constaté qu'il existe aujourd'hui une véritable surenchère entre les détenteurs d'agrégats et les entreprises titulaires des marchés. Ceux qui possèdent les agrégats, mais pas les marchés, se livrent à une spéculation qui fait grimper artificiellement les prix. Avec cette centrale, l'objectif est de mettre de l'ordre dans la filière, en centralisant l'approvisionnement et en garantissant une gestion transparente et équitable de tous les agrégats de construction'', a déclaré le ministre d'Etat de l'Économie, des Finances, des Participations, de la Dette en charge de la lutte contre la vie chère, Henri-Claude Oyima, dans une interview accordée à la télévision nationale.
Cette déclaration illustre la volonté du gouvernement de traduire dans les faits une décision adoptée lors du Conseil ministériel du 12 août 2025. Bien que les autorités ne l'aient pas formulé en ces termes, plusieurs observateurs locaux considèrent qu'il s'agit aussi d'une manière de tirer les leçons des difficultés rencontrées en 2024. Des médias gabonais avaient alors relayé de nombreux témoignages d'entreprises confrontées à une pénurie de sable et de gravier, qui aurait contribué à ralentir le lancement de plusieurs chantiers liés au Plan national de développement pour la transition (PNDT). Selon ces sources, moins de 15 % des projets avaient démarré que déjà la demande dépassait l'offre, entraînant une hausse rapide des prix et l'allongement des délais.
Ces éléments n'ont jamais été confirmés officiellement mais ils illustrent une inquiétude largement partagée sur le terrain. Le PNDT, qui concentre plus de 3 000 milliards de francs CFA d'investissements publics entre 2024 et 2026, dépend étroitement de la disponibilité des matériaux de construction. Dans un pays où l'exécution des programmes d'infrastructures reste un indicateur central de la performance économique, la crainte de nouvelles tensions d'approvisionnement semble avoir pesé dans la décision de l'exécutif.
Parallèlement à ce recentrage sur les agrégats, le gouvernement a annoncé la création d'une Centrale d'achat nationale baptisée CEAG. Cette structure sera constituée sous la forme d'une société anonyme à capital mixte, l'État détenant un peu plus d'un tiers des parts et le reste étant confié à des opérateurs privés gabonais du secteur de la distribution. Le projet, placé sous la supervision du ministère de l'Économie et des Finances, vise à centraliser l'acquisition et la distribution des biens considérés comme stratégiques pour le pays. L'intention est de mutualiser les volumes, de réduire les coûts logistiques et d'obtenir de meilleures conditions dans les négociations avec les pays fournisseurs.
Le mandat de la CEAG couvre l'importation et la distribution de denrées alimentaires. L'exécutif met en avant deux objectifs. Le premier serait de contenir la hausse des prix qui affecte le pouvoir d'achat des ménages. Le second consisterait à consolider une souveraineté économique jugée fragile face aux fluctuations des marchés mondiaux. L'initiative devrait aussi s'appuyer sur la création de corridors logistiques dédiés pour fluidifier l'acheminement des marchandises.
Perton Biyiha
Publié le 19/08/25 16:19
La Rédaction
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