Le chantier de Bikélé-Nzong avance. Neuf entreprises sont mobilisées sur le site et les premiers soubassements des 3 100 logements prévus sont en cours de réalisation. Mais c'est sur le volet financier que se joue désormais la crédibilité du projet. Le ministre du Logement, Mays Mouissi, a annoncé le 4 juin 2026 être en discussion avec les banques pour faciliter l'accès au crédit des futurs acquéreurs. L'objectif du gouvernement est de faire en sorte que l'apport financier initial ne constitue plus un obstacle à l'accession à la propriété, quelle que soit la bourse du bénéficiaire.
Mais la réalité du secteur bancaire gabonais dresse un tableau peu favorable. Selon le dernier rapport trimestriel de la BEAC sur les taux débiteurs dans la CEMAC, le Gabon affiche au quatrième trimestre 2025 le coût du crédit le plus élevé de la sous-région, avec un TEG moyen de 21,06 %. Les particuliers, catégorie à laquelle appartiennent les futurs acquéreurs de Bikélé-Nzong, supportent un TEG moyen encore plus élevé, à 26,32%, en hausse de 733 points de base sur un an. Les charges et commissions annexes représentent par ailleurs 58,65 % du coût total de leur crédit, soit la part la plus importante de tous les types de bénéficiaires au Gabon. À ces conditions, le coût de remboursement d'un prêt immobilier sur longue durée devient difficilement soutenable pour des ménages à revenus modestes ou intermédiaires.
La structure des crédits accordés au Gabon aggrave encore le constat. Les prêts à long terme, seul et unique véhicule adapté au financement immobilier, ne représentent que 1,60 % de l'enveloppe globale des nouveaux crédits au quatrième trimestre 2025, contre 87,73 % pour les crédits à court terme. Sur les 548,9 milliards FCFA de nouveaux crédits distribués dans le pays au cours de la période, les particuliers n'en ont capté que 44,1 milliards, soit 8,04 % du total, en recul de 11,72 % sur un an. Le financement bancaire des ménages gabonais reste donc marginal, dominé par les grandes entreprises qui concentrent à elles seules 258,4 milliards, soit près de la moitié de l'enveloppe globale.
Obtenir des banques gabonaises des conditions adaptées à un projet à vocation sociale suppose donc de négocier des taux bonifiés, des maturités allongées et des frais allégés dans un marché bancaire où 74,44 % des nouveaux crédits sont distribués essentiellement par deux établissements en 2025, reste un exercice délicat. Les modalités concrètes du dispositif annoncé par le ministre restent pour l'heure à préciser : quelles banques partenaires, à quels taux, sur quelle durée ? Sans réponses à ces questions, et en l'absence des prix de vente finaux et des cautions de réservation, il est encore prématuré d'évaluer si le projet de Bikélé-Nzong tiendra sa promesse d'inclusivité.
Idrissa Diakité
Publié le 11/06/26 13:07
La Rédaction
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CEMAC