Alors qu'au lendemain du coup d'État d'août 2023, des doutes pesaient sur la capacité du Gabon à honorer le remboursement de son eurobond 605 millions de dollars, le pays a réussi à refinancer près de la moitié de cet emprunt international, 7 mois avant l'échéance. Le 14 novembre dernier, Libreville a, en effet, clôturé une offre de rachat de son euro-obligation pour 290 millions de dollars grâce à l'émission de titres du Trésor libellés en Franc CFA sur le marché régional, convertissant une partie de sa dette extérieure en dette intérieure.
Dans une note publiée le 18 novembre, l'agence Moody's estime que cette opération ne devrait avoir qu'un impact léger sur le service de la dette en 2025. "Le rachat réduira légèrement le service de la dette du Gabon en 2025 et laissera seulement 315 millions de dollars (1,4 % du PIB) de l'euro-obligation de juin en circulation". Selon l'agence américaine, la principale contrainte pour Libreville reste celle de la couverture des besoins du financement. En 2025, les besoins en ressources financières qui "resteront globalement élevés" (15% du PIB) en raison du creusement du déficit budgétaire à 5,1% du PIB contre 3,6% en 2023 et 1,9% en 2023.
Selon Moody's, les autorités de transition ont prévu "de nouvelles mesures sociales, une augmentation de la masse salariale du secteur public et une hausse significative de l'investissement public, bien que des contraintes de capacité et de financement pèsent probablement sur l'exécution".
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La Gabon n'a pas encore dévoilé la stratégie de financement de son budget, mais Moody's estime que le pays n'a pas d'autre choix que de se recentrer sur le marché régional, car les options de financement sont limitées "compte tenu de l'absence de programme du FMI et du soutien financier relativement limité de la communauté internationale". Seulement, la mobilisation des ressources en monnaie locale ne sera pas aussi évidente, car le pays s'est vue attribuer une pondération de 100% sur ses émissions obligataires, ce qui empêche pratiquement les banques d'y participer.
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Dans une correspondance adressée le 13 novembre dernier au secrétaire général de la COBAC, le ministre Gabonais de l'Économie et des Participations a sollicité du régulateur bancaire une exemption temporaire de cette pondération. "Compte tenu des contraintes budgétaires encourues, j'ai l'honneur de solliciter une exemption temporaire, pour la période de novembre 2024 à décembre 2025, de l'application des titres publics gabonais". Le ministère gabonais indique que cette décision de la COBAC a entraîné un "redimensionnement conséquent de la participation des établissements bancaires aux émissions obligataires du Trésor public gabonais". Si cela perdure, cela plombera l'exécution du budget 2024, mais aussi celui de 2025, année au cours de laquelle le pays a l'intention de solliciter le marché pour financer une part importante de son déficit.
Publié le 25/11/24 14:25
La Rédaction
SN
CEMAC