Devant députés et sénateurs réunis pour l'occasion, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguéma a prononcé ce lundi 15 juin 2026, son premier discours sur l'état de la Nation, conformément à l'article 49 de la Constitution. Un peu plus de deux heures durant lesquelles le président de la République a exposé sa vision stratégique pour le Gabon, avec, en fil rouge, la conviction qu'il n'y aura pas de plan d'austérité. Un message fort, prononcé au début d'un septennat placé sous le signe de la relance, mais que les réalités budgétaires des mois précédents mettent à l'épreuve.
La loi de finances rectificative pour 2026, défendue depuis le 11 juin devant la Commission des finances de l'Assemblée nationale par le ministre de l'Économie Thierry Minko et la ministre de la Planification Louise Pierrette Mvono, traduit toute la difficulté de cet équilibre. Le budget rectifié est arrêté à 5 495,2 milliards FCFA, contre 6 358,9 milliards dans la loi de finances initiale, soit une contraction de 862,9 milliards. Les recettes sont ramenées à 2 928,2 milliards FCFA tandis que les dépenses s'établissent à 5 180 milliards, un écart qui dit, à lui seul, l'ampleur du besoin de financement. Thierry Minko a présenté ce recadrage non comme un repli, mais comme un acte de sincérité budgétaire destiné à rétablir la crédibilité des comptes publics et à relancer les discussions avec le FMI.
C'est précisément ce que scrutent les partenaires financiers. Fitch Ratings, qui maintient le Gabon à la note CCC- depuis le 22 mai 2026, évalue la dette publique à 81,1% du PIB en 2025, contre 72% l'année précédente, avec une projection à 87,6% en 2027. Le déficit budgétaire a atteint 12,2% du PIB en 2025, tiré par une envolée des dépenses d'investissement bien au-delà des moyennes historiques. Dans ce contexte, le Gabon a formellement sollicité un programme auprès du FMI en mars 2026, les négociations étant toujours en cours avec un accord espéré d'ici la fin de l'année.
Pourtant, le gouvernement tient sa ligne. Louise Pierrette Mvono a présenté un Programme d'investissement public 2026-2028 doté de 1 202 milliards FCFA, premier cadre pluriannuel de la Ve République. Les perspectives de croissance ont certes été révisées à 4% contre 6,5% initialement, mais le secteur hors pétrole reste le moteur affiché, avec une progression attendue de 4,4%. C'est ce pari sur la croissance non pétrolière qu'Oligui Nguéma entend préserver, au nom d'une conviction : comprimer les dépenses aujourd'hui reviendrait à hypothéquer la diversification économique, amorcée notamment à travers un secteur aurifère dont la production est annoncée à 800 kg en 2026, un doublement par rapport à la LFI qui pourrait rapporter pas moins de 115 millions de dollars bruts.
L'équation reste néanmoins serrée. Les amortissements de la dette intérieure représentent à eux seuls 11,6% du PIB en 2026 selon Fitch, dans un marché régional CEMAC sous tension. Le ministère des Finances a lancé un audit de la dette publique, attendu pour fin juillet 2026, qui devrait clarifier le périmètre réel des engagements de l'État, arriérés compris. C'est à cette condition mêlant transparence des comptes, maîtrise progressive des déficits et résultats tangibles sur la croissance, que la promesse présidentielle d'une relance sans austérité pourra trouver sa pleine crédibilité auprès des créanciers internationaux.
Idrissa Diakité
Publié le 15/06/26 18:08
La Rédaction
SN
CEMAC