Deux entreprises historiques de l'industrie alimentaire gabonaise traversent une période particulièrement difficile. La Raffinerie gabonaise de sel et dérivés (Ragasel) est confrontée à une dégradation de sa situation financière, tandis que les Sucreries du Gabon peinent à redresser leurs capacités de production, malgré leur reprise par un nouvel investisseur en 2024. Dotée d'un capital social de 1,952 milliard FCFA, Ragasel doit réunir ses actionnaires le 3 novembre 2026 à Libreville pour statuer notamment sur une éventuelle dissolution anticipée. Ses capitaux propres sont tombés sous le seuil de 976 millions FCFA, correspondant à la moitié de son capital social. Cette procédure, prévue par l'article 664 de l'Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales, place la continuité de cette unité de raffinage de sel au centre des prochaines décisions de ses actionnaires.
La situation de Ragasel renvoie également à d'anciennes difficultés de financement industriel. Un audit réalisé en avril 2012 par le cabinet Fénéon & Delabrière Associés sur les participations de Delta Synergie faisait état de deux emprunts totalisant 9,7 milliards FCFA, garantis par l'État gabonais, destinés à financer la construction d'une raffinerie de sel et d'une unité de production d'eau distillée. Le document rapportait également des pertes cumulées de 1,776 milliard FCFA entre 2007 et 2010, après retraitement comptable. Parmi les difficultés identifiées figuraient un dimensionnement inadéquat des installations, une surestimation des recettes et une sous-évaluation des charges. Plus d'une décennie après ces constats, la perspective d'une dissolution remet au premier plan les difficultés financières rencontrées par cette entreprise industrielle.
Les Sucreries du Gabon connaissent, de leur côté, une situation industrielle et commerciale préoccupante. Reprise en avril 2024 par MFB International, à travers sa filiale gabonaise, l'ancienne Sucaf devait bénéficier d'un programme d'investissement d'au moins 11 milliards FCFA pour moderniser ses installations. Selon le Tableau de bord de l'économie, 5,31 milliards FCFA ont été investis en 2024, sans empêcher une baisse de 21,2 % des volumes de sucre transformé, à 14 640 tonnes. Les ventes ont également chuté de 31,5 %, à 20 250 tonnes, alors que les importations de sucre ont bondi de 212,8 % pour atteindre 22 074 tonnes. En septembre 2026, une mission du ministère de l'Industrie et de la Transformation locale a confirmé le vieillissement de certains équipements et les difficultés d'écoulement des stocks, malgré une production nationale encore inférieure aux besoins du marché.
À ces difficultés industrielles se sont ajoutées des tensions sociales. Début octobre, les employés des Sucreries du Gabon ont engagé un mouvement de grève pour dénoncer notamment leurs conditions de travail, l'insuffisance des équipements de protection et le non-respect de certaines dispositions de leur convention collective. Le gouvernement a organisé une réunion consacrée à la situation de l'entreprise le 7 octobre, avant que le Syndicat des travailleurs du sucre (Sytrasuc) n'annonce la suspension du mouvement le 13 octobre pour favoriser la médiation. Cette accalmie sociale ne règle toutefois pas les problèmes de production et de compétitivité identifiés par les autorités. Deux ans après son changement de propriétaire, l'entreprise reste confrontée à la modernisation de ses installations et à la nécessité de reconquérir un marché intérieur largement approvisionné par les importations.
Les difficultés de Ragasel et des Sucreries du Gabon s'ajoutent à celles de l'industrie meunière. Selon la Note de conjoncture sectorielle du deuxième trimestre 2026 de la Direction générale de l'économie et de la politique fiscale (DGEPF), la production nationale de farine a reculé de 19,4 % sur les six premiers mois de l'année. Malgré une reprise trimestrielle de 5 %, favorisée par l'atténuation des contraintes logistiques d'importation de blé, l'activité reste inférieure de 14,9 % à son niveau du deuxième trimestre 2025. Ces résultats témoignent de difficultés différentes mais persistantes dans trois activités de transformation alimentaire. Entre les fragilités financières de Ragasel, les problèmes industriels des Sucreries du Gabon et la dépendance des minoteries aux approvisionnements extérieurs, le développement d'une industrie alimentaire nationale capable de répondre durablement à la demande intérieure demeure un défi pour le Gabon.
Idrissa Diakité
Publié le 15/10/26 14:34
La Rédaction
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