À Abidjan, le choix du Botswana comme pays invité d'honneur du SIREXE 2026, dont le lancement a eu lieu 23 mars, traduit cette inflexion : la nécessité de transformer les ressources naturelles en puissant levier de développement.
Ce positionnement s'inscrit dans un moment charnière pour la Côte d'Ivoire. Longtemps portée par son agriculture, l'économie ivoirienne aborde un tournant avec la montée en puissance de son potentiel extractif et énergétique, sous l'impulsion du Président Ouattara. L'enjeu n'est plus seulement de produire, mais de structurer une filière capable de générer de la valeur localement, dans un cadre transparent et durable.
Le Botswana, une référence africaine en matière de gouvernance minière
Dans son intervention saluée par les participants, la ministre botswanaise des Mines a posé les bases d'une doctrine claire : l'Afrique dispose des ressources nécessaires pour transformer ses économies, à condition d'investir dans des infrastructures adaptées et de garantir une exploitation responsable.
Le cas du Botswana illustre cette trajectoire. Depuis son indépendance, le pays a construit un modèle fondé sur la stabilité politique, la transparence et une gestion rigoureuse des revenus extractifs. Les partenariats public-privé y sont structurés de manière à préserver les intérêts nationaux, tandis que les revenus miniers sont réinvestis dans les secteurs sociaux et les infrastructures.
Ce cadre a permis au pays de s'imposer comme une référence continentale. Régulièrement classé parmi les juridictions les plus attractives pour les investissements miniers selon le Fraser Institute, le Botswana combine cadre réglementaire solide, faible corruption et vision de long terme. Sorti de la catégorie des pays les moins avancés dès 1994, il figure aujourd'hui parmi les économies à revenu intermédiaire supérieur en Afrique subsaharienne.
Au-delà des performances macroéconomiques, le pays a su intégrer une dimension stratégique souvent absente ailleurs : la valorisation locale des ressources. La transformation en aval, l'implication des citoyens dans les projets miniers et la gestion prudente des recettes constituent les piliers d'un modèle orienté vers la durabilité.
Une convergence stratégique avec les ambitions ivoiriennes
À Abidjan, cette approche trouve un écho croissant. Le ministre des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, inscrit clairement la Côte d'Ivoire dans cette logique de transformation structurelle. Le pays entend faire de ses récentes découvertes un levier de développement endogène, au-delà de la simple captation de rentes.
Souvent affiché par le Ministre ivoirien des Mines, l'ambition de la Côte d'Ivoire est de devenir une référence en Afrique en matière de gouvernance et de gestion transparente et responsable des ressources extractives.
Le lancement de la Politique intégrée des ressources extractives et énergétiques (PIRME) marque cette volonté de structuration. L'objectif est d'articuler exploitation des ressources, développement des infrastructures et accès à une énergie fiable, dans une logique de transformation économique.
Dans son intervention, le ministre ivoirien a mis également en avant un impératif devenu central dans un contexte international incertain : la sécurisation des chaînes énergétiques et la nécessité pour l'Afrique de renforcer sa souveraineté dans ce domaine.
De l'extraction à la transformation : un changement de paradigme continental
Le point de convergence le plus net entre les deux pays réside dans cette volonté de dépasser le modèle extractif traditionnel. Comme le soulignent les Ministres Sangafowa et Bogolo, le temps est venu pour l'Afrique de passer de la simple extraction à la transformation locale des ressources.
Ce basculement implique des choix structurants : investissements dans les infrastructures, développement de chaînes de valeur industrielles, mise en place de cadres réglementaires stables et attractifs, mais aussi intégration des communautés locales dans les retombées économiques.
La Côte d'Ivoire, encore en phase de montée en puissance, a formalisé sa volonté de s'inscrire dans cette trajectoire. L'ambition affichée est de faire émerger un secteur extractif capable de soutenir une croissance plus forte, mais aussi plus inclusive, en créant des effets d'entraînement dans l'ensemble de l'économie.
Cette logique de coopération Sud-Sud entre la Côte d'Ivoire et le Botswana pourrait s'avérer déterminante à l'heure où les pays africains cherchent à mieux capter la valeur de leurs ressources, dans un contexte de concurrence internationale accrue.
Publié le 27/03/26 09:50
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC