Une enquête judiciaire visant la gestion de la société publique Gepetrol Servicios a été ouverte en Guinée équatoriale, à la suite de la circulation d'un rapport de la Gendarmerie nationale faisant état de possibles faits de corruption et de détournements de fonds. Les conclusions préliminaires ont été présentées lors d'une réunion officielle présidée par le vice-président de la République, Teodoro Nguema Obiang Mangue.
Selon des sources proches du dossier, le document, encore à un stade exploratoire, met en lumière une série d'irrégularités dans le fonctionnement de cette entité stratégique du secteur pétrolier, structurée en quatre blocs opérationnels. Il évoque notamment des anomalies dans la gestion de projets d'infrastructures, des soupçons de détournement de carburant, ainsi que des pratiques internes jugées opaques.
L'un des points centraux du rapport concerne un programme de construction de stations-service financé sur fonds publics. Les autorités avaient validé la réalisation de quatre infrastructures pour un montant global de 5 milliards de FCFA. Toutefois, les constats dressés par les enquêteurs révèlent un écart significatif entre les fonds engagés et les réalisations effectives.
" Les autorités ont demandé la construction de quatre stations-service pour un budget de 5 milliards de FCFA. Les registres de l'entreprise font état du décaissement des fonds ; cependant, seules deux stations ont été construites et seulement la moitié du paiement a été effectuée. L'autre moitié de la somme reste introuvable ", indique le rapport, cité par des sources concordantes.
Au-delà de ce projet, le document recense d'autres pratiques susceptibles de constituer des infractions. Il fait état de circuits présumés de détournement et de revente illégale de carburant, ainsi que de la disparition de véhicules appartenant à l'entreprise. Par ailleurs, il met en cause des mécanismes de réattribution de projets jugés arbitraires, fondés sur des relations personnelles et financés, selon les mêmes sources, via la petite caisse de l'entreprise.
Face à la gravité des faits évoqués, les autorités ont engagé une phase d'investigation approfondie. Le vice-président a instruit la Gendarmerie nationale de convoquer d'anciens responsables de Gepetrol Servicios afin d'établir les responsabilités individuelles et de faire toute la lumière sur ces irrégularités.
" Étant donné qu'il s'agit de faits faisant l'objet d'une plainte et que le rapport est encore préliminaire, la Gendarmerie nationale a été chargée d'approfondir l'enquête en convoquant les anciens responsables afin de clarifier ces irrégularités ", renseigne le compterensu du gouvernement.
D'après le compte rendu officiel, les personnes mises en cause devront répondre de leurs actes devant la justice, dans le cadre de la campagne anticorruption actuellement menée au sommet de l'État.
Pressions budgétaires et dépendance pétrolière
Cette affaire intervient dans un contexte économique marqué par la forte dépendance du pays aux hydrocarbures et par une contraction progressive des ressources publiques. D'après les données de l'Institut national de statistique (INEGE), les recettes pétrolières ont reculé de 19,6 % en 2024, tout en s'établissant encore à 1 123,6 milliards de FCFA, soit plus de 80 % des revenus de l'État.
En parallèle, les recettes non pétrolières, bien qu'en progression, demeurent insuffisantes pour compenser cette volatilité structurelle, accentuant la vulnérabilité des finances publiques.
Dans ce contexte, le gouvernement a engagé un ajustement budgétaire significatif. Les dépenses publiques ont ainsi chuté à 234,4 milliards de FCFA au troisième trimestre 2025, contre 411,8 milliards un an plus tôt, soit une baisse de 43,1 %. Cette contraction a permis de réduire drastiquement le déficit budgétaire, ramené à 1,1 milliard de FCFA, contre 92 milliards à la même période en 2024.
L'effort d'assainissement a concerné à la fois les dépenses courantes et les investissements. Les charges de fonctionnement ont reculé de 37,5 %, tandis que les dépenses d'investissement ont été divisées par plus de deux, passant de 125,6 milliards à 55,6 milliards de FCFA.
Dans un tel contexte de resserrement budgétaire, les irrégularités relevées au sein de Gepetrol Servicios apparaissent en contradiction avec les objectifs de rigueur et de transparence affichés par les autorités, renforçant les enjeux autour de cette enquête désormais portée sur le terrain judiciaire.
Perton Biyiha
Publié le 13/04/26 16:25
La Rédaction
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CEMAC