Réuni au Palais du Peuple à Malabo, le gouvernement équato-guinéen a officiellement enclenché une enquête sur la gestion de l'Institut national de la sécurité sociale, l'organisme public chargé de gérer le système de protection sociale des travailleurs, incluant les retraites, l'assurance maladie, les prestations familiales et les accidents du travail.
L'ouverture de cette enquête fait suite à la présentation d'un audit externe couvrant l'année 2025. Conduit par le cabinet Deloitte, ce rapport met en lumière des irrégularités financières d'une ampleur dépassant 7 milliards de francs CFA. Présidée par le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue, la réunion visait à examiner l'utilisation des fonds publics et des cotisations sociales.
Les conclusions de l'audit décrivent un appareil administratif fragilisé par l'absence de mécanismes de contrôle et une documentation lacunaire. Le rapport, présenté aux autorités, souligne que " le fonctionnement interne est marqué par de graves carences, avec une absence de contrôles efficaces, un manque de documents comptables fiables et une gestion budgétaire désorganisée qui a favorisé d'éventuelles pratiques irrégulières ".
Dans le détail, plusieurs engagements financiers ont été effectués sans base contractuelle. Selon les éléments issus de l'audit, " l'attribution de contrats à Yeda Construcciones pour un montant supérieur à 1,28 milliard de francs CFA a été réalisée sans contrat formel, tandis que des paiements mensuels de 5 millions de francs CFA ont été versés à JPN Abogados y Consultores pour des services juridiques déjà assurés en interne, auxquels s'ajoutent 160 millions de francs CFA sans justification claire ".
Les anomalies concernent également les dépenses d'investissement. Le document présenté aux autorités indique que " l'achat de 28 véhicules, initialement budgété à 280 millions de francs CFA, a finalement coûté 1,381 milliard de francs CFA, sans qu'aucun document n'atteste que ces véhicules figurent dans le patrimoine de l'institut ".
D'autres acquisitions soulèvent des interrogations quant à la traçabilité des fonds engagés. L'audit relève notamment que " l'achat d'une unité mobile équipée de matériel médical, d'une valeur de 328 millions de francs CFA, reste introuvable plus d'un an après, tandis que des médicaments ont été acquis pour 3,152 milliards de francs CFA sans justificatifs ".
Multiplication des comptes et failles systémiques
Au-delà des montants en jeu, la structure même de la gestion financière apparaît défaillante. Le rapport évoque l'existence d'une trentaine de comptes bancaires au nom de l'institution, un élément susceptible de favoriser la dispersion des fonds et la perte de contrôle des flux financiers.
Sur le plan administratif, des irrégularités affectent également les ressources humaines. Des employés ont été identifiés sans contrat conforme ou sans qualification adaptée, selon les informations présentées lors de la réunion.
Le volet technique est lui aussi pointé du doigt. Malgré des investissements significatifs dans un système d'interconnexion des données, plusieurs services continuent d'opérer manuellement ou via des tableurs, compliquant le suivi des opérations et augmentant les risques d'erreurs.
Face à l'ampleur des faits exposés, le vice-président a ordonné l'ouverture d'une enquête par la gendarmerie nationale afin d'établir les responsabilités. Il a également fixé un délai de trois mois à la nouvelle direction pour engager des mesures correctives. " La situation est inacceptable. Les citoyens cotisent pour bénéficier de services de qualité, et non pour financer une gestion inefficace ", a-t-il déclaré, exigeant que " toutes les ressources soient utilisées au profit des assurés ".
Perton Biyiha
Publié le 13/04/26 16:41
La Rédaction
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