La République centrafricaine cherche à redessiner ses circuits d'approvisionnement en carburants en s'appuyant sur les infrastructures de la République du Congo. À Brazzaville, une réunion entre responsables des deux pays a permis d'évoquer l'activation du corridor reliant la côte atlantique à Bangui, avec en ligne de mire l'utilisation du port de Pointe-Noire pour le transit des produits pétroliers destinés au marché centrafricain.
Cette séquence diplomatique s'inscrit dans le prolongement d'un protocole d'accord signé en juillet 2024. Selon les éléments communiqués à l'issue des échanges, l'enjeu consiste à organiser la réception, le stockage et l'acheminement des hydrocarbures depuis la façade maritime congolaise jusqu'à la capitale centrafricaine.
Les deux gouvernements ont acté la mobilisation de leurs administrations techniques pour formaliser les modalités opérationnelles. " Les équipes techniques respectives ainsi que d'autres départements ministériels seront mis à contribution afin d'élaborer un cadre opérationnel précis, permettant d'assurer la réception, le stockage et l'acheminement des produits pétroliers depuis la côte atlantique jusqu'à Bangui dans des conditions sécurisées et efficientes ", ont souligné les deux parties à l'issue des échanges.
Un corridor alternatif face à la dépendance camerounaise
Cette initiative intervient dans un contexte où Bangui dépend fortement du port autonome de Douala et du corridor Douala-Bangui, axe par lequel transitent environ 80 % de ses marchandises. D'après des données de la douane camerounaise reprises par plusieurs sources concordantes, ce flux représente près de 55 milliards de FCFA par an. Une telle concentration expose la République centrafricaine à des risques logistiques récurrents ainsi qu'à des coûts élevés, régulièrement dénoncés par les opérateurs économiques.
Dans ce contexte, Bangui cherche à diversifier ses points d'entrée pour ses importations, afin de réduire sa dépendance structurelle vis-à-vis du Cameroun. La piste congolaise s'inscrit ainsi dans une stratégie de sécurisation et de mise en concurrence des corridors logistiques.
Dans cette même logique, les autorités centrafricaines ont également conclu, en 2025, un accord avec la Guinée équatoriale pour l'utilisation du port de Bata comme plateforme de transit.
" L'accord permettra à la République centrafricaine d'utiliser les infrastructures portuaires de Bata comme port de transit pour ses importations et exportations, répondant ainsi à un besoin crucial lié à son enclavement et à l'absence d'accès direct à la mer ", a déclaré le ministre centrafricain des Transports, Herbert Gontran Jono-Ahaba, lors d'une visite des installations du port de Bata.
Perton Biyiha
Publié le 16/04/26 17:16
La Rédaction
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