Le 20 mars 2026, la Société nationale des mines (Sonamines), bras séculier de l'État dans la conduite des intérêts miniers, a ouvert ses portes à une délégation de la China Eximbank, Selon des informations ventilées par l'entreprise publique, les discussions ont porté sur la structuration de financements et la mise en relation avec des opérateurs susceptibles d'intervenir sur plusieurs sites identifiés comme prioritaires. La banque chinoise, habituée aux montages de prêts souverains sur le continent, " pourrait servir d'interface avec des groupes industriels prêts à s'engager sur des projets encore jugés risqués ", a souligné la Sonamines, dans le Communiqué publié à l'issue de la rencontre
Le portefeuille que la Sonamines tente aujourd'hui de valoriser porte la marque de revers successifs. À Akonolinga, le projet de rutile reste associé au retrait du groupe français Eramet en 2023. L'entreprise avait alors fait valoir, dans une communication officielle, des paramètres économiques défavorables, entre faibles teneurs du gisement, durée d'exploitation limitée et coûts environnementaux élevés. Des éléments confirmés par des responsables du groupe, qui évoquaient un déséquilibre difficilement soutenable entre les investissements requis et les revenus attendus.
La Sonamines a relancé le dossier en janvier 2026 à travers un appel international à manifestation d'intérêt, avec l'idée de reprendre les études, de revisiter les choix techniques et, si possible, de proposer un schéma d'exploitation plus adapté. Des sources internes expliquent que de nouveaux partenaires pourraient apporter des approches différentes, notamment sur la gestion des contraintes environnementales.
Le même raisonnement prévaut pour le gisement de cobalt-nickel-manganèse de Nkamouna, dans l'Est du pays. Longtemps détenu par Geovic Cameroun sans jamais atteindre la phase d'exploitation, le permis a été retiré par l'État en février 2025 puis confié à la Sonamines. Là encore, l'entreprise publique cherche à tourner la page d'un projet resté bloqué pendant plus de vingt ans, en repartant sur de nouvelles bases avec des investisseurs à identifier.
Plus en amont, certains dossiers avancent à un rythme plus technique. À Sikoum, dans la région du Littoral, où l'Etat ambitionne de mettre en valeur un gisement de calcaire, un processus de sélection a permis de retenir plusieurs cabinets chargés de conduire des études géophysiques approfondies. D'après un communiqué de la Sonamines publié fin 2025, ces travaux doivent préciser la structure du gisement et orienter les décisions futures. Dans le Sud, à Mbilntangan et Alouma, l'entreprise a engagé des campagnes de terrain et des consultations locales autour de sites de pierres de taille, avec l'appui des autorités administratives et traditionnelles.
À ce stade, peu de projets ont franchi le cap de l'investissement industriel. Même la raffinerie d'or, évoquée depuis plusieurs années, reste à concrétiser. La direction de la Sonamines y voit pourtant un levier pour capter davantage de valeur et constituer des réserves nationales aux standards internationaux, sous réserve de partenariats adaptés.
En toile de fond, un constat persiste. Ces dernières années, les autorités camerounaises ont multiplié les annonces autour de projets présentés comme imminents, à l'image de la bauxite de Minim Martap dans le Nord ou du fer de Grand Zambi dans le Sud. Dans les faits, très peu ont franchi le cap de l'industrialisation.
Selon des données du ministère des Mines, cette inertie continue de peser sur l'économie. Malgré un potentiel régulièrement mis en avant, le secteur minier ne contribue encore qu'à environ 1 % du produit intérieur brut. Un décalage qui alimente les attentes autour de nouveaux partenaires capables, cette fois, de transformer les promesses en production effective.
Perton Biyiha
Publié le 26/03/26 15:56
La Rédaction
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