Plusieurs puissances économiques, dont la Chine et les États‑Unis, exercent actuellement des pressions diplomatiques sur le Ghana afin qu'il suspende un projet de réforme visant à augmenter les redevances appliquées à l'exploitation de l'or. Au cœur des tensions se trouve la volonté d'Accra de modifier le système actuel de taxation du métal précieux afin de capter une part plus importante des revenus générés par un secteur stratégique pour son économie.
Les autorités ghanéennes envisagent en effet d'abandonner le taux fixe d'environ 5 % appliqué aux compagnies minières pour introduire un mécanisme progressif qui pourrait atteindre jusqu'à 12 % lorsque les prix de l'or sont particulièrement élevés sur les marchés internationaux. L'objectif est de permettre à l'État de profiter davantage des périodes de forte valorisation du métal, dans un contexte où le pays cherche à renforcer ses finances publiques après la grave crise économique traversée entre 2022 et 2023.
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Cette initiative a cependant suscité de vives inquiétudes parmi les pays dont les entreprises sont fortement présentes dans l'industrie aurifère ghanéenne. Des diplomates représentant notamment la Chine et les États-Unis, mais aussi d'autres partenaires économiques, ont exprimé leurs préoccupations auprès des autorités du Ghana. Ils redoutent qu'une hausse trop importante des redevances n'alourdisse les coûts d'exploitation et met en avant un risque pour l'attractivité du pays.
Plusieurs grands groupes internationaux pourraient être directement concernés par cette réforme fiscale. Parmi eux figurent notamment Newmont, Gold Fields, AngloGold Ashanti, ainsi que des sociétés chinoises actives dans l'extraction aurifère comme Zijin Mining. Ces entreprises comptent parmi les principaux acteurs de l'industrie minière du pays et participent de manière significative à la production nationale d'or.
La question est d'autant plus sensible que le Ghana occupe une place centrale dans l'industrie aurifère mondiale. Premier producteur d'or du continent africain, le pays tire une part essentielle de ses recettes d'exportation de ce secteur. L'or représente l'un des piliers de l'économie nationale, aux côtés du cacao et du pétrole, ce qui confère aux décisions fiscales concernant ce minerai une portée économique et politique considérable.
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Pour le gouvernement ghanéen, la réforme s'inscrit dans une stratégie plus large visant à améliorer la mobilisation des ressources internes et à réduire la vulnérabilité des finances publiques. Après la crise qui a conduit le pays à faire défaut sur une partie de sa dette et à engager un vaste programme de restructuration, les autorités cherchent à augmenter les revenus tirés des ressources naturelles afin de stabiliser durablement l'économie.
Dans ce contexte, les discussions autour des redevances aurifères illustrent les tensions qui peuvent émerger entre les ambitions fiscales des États riches en ressources et les préoccupations des investisseurs internationaux. Pour Accra, l'enjeu consiste désormais à trouver un équilibre entre l'augmentation des recettes publiques et le maintien de l'attractivité de son secteur minier, l'un des plus importants d'Afrique.
Fanuelle YAO
Publié le 09/03/26 11:02
La Rédaction
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