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Philippe NDA, Directeur Général de ICE OIL & GAS : ''Nous sommes un acteur local engagé pour l’avenir énergétique de la Côte d’Ivoire''

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Philippe NDA, Directeur Général de ICE OIL & GAS : 

Nous sommes un acteur local engagé pour l'avenir énergétique de la Côte d'Ivoire

Dans un paysage pétrolier africain encore largement dominé par les majors internationales, l'émergence d'acteurs nationaux capables d'identifier des opportunités, de structurer des projets et d'attirer des partenaires étrangers constitue un tournant stratégique. En Côte d'Ivoire, où les découvertes récentes d'hydrocarbures ont ravivé les ambitions énergétiques d'Abidjan, cette dynamique s'inscrit aussi dans une volonté politique de renforcer le contenu local et de faire émerger une nouvelle génération d'entreprises ivoiriennes dans l'amont pétrolier.

C'est dans ce contexte qu'est née ICE Oil & Gas, première société privée de droit ivoirien positionnée sur l'exploration pétrolière. Fondée en 2022, la jeune entreprise a rapidement franchi une étape structurante avec l'obtention du bloc offshore CI-705, précédemment détenu par TotalEnergies, avant de conclure un accord de ‘'farm-out'' (Partage des risques d'exploration, réduction des coûts de développement et financer des opérations coûteuses) avec l'américain VAALCO Energy pour financer la phase de forage.

Pour son directeur général, Philippe Nda, l'enjeu dépasse la seule réussite d'un projet d'exploration : il s'agit de démontrer qu'un acteur privé africain peut jouer un rôle crédible dans une industrie réputée pour ses barrières financières et technologiques. Dans cet entretien, il revient sur la stratégie d'ICE Oil & Gas, la structuration du partenariat autour du bloc CI-705, et les perspectives du gaz dans la trajectoire énergétique et industrielle ivoirienne.

Pouvez-vous nous présenter votre société et ses activités ?

ICE OIL & GAS est née de l'initiative d'entrepreneurs qui partagent une même vision : l'Afrique dispose d'un potentiel énergétique considérable qui appelle l'émergence d'acteurs privés capables d'opérer selon les meilleurs standards internationaux et d'y contribuer pleinement.

C'est dans cet esprit que nous avons fondé ICE en 2022, spécialisée dans l'exploration et la production d'hydrocarbures en Afrique. Nous avons naturellement commencé par la Côte d'Ivoire, où notre équipe technique possède une grande expérience. Plusieurs de nos experts ont consacré des décennies à l'exploration et au développement des champs pétroliers et gaziers du pays, contribuant de manière significative à la découverte et à la valorisation de ses ressources.

En novembre 2023, nous avons signé notre premier contrat de partage de production portant sur le bloc CI-705

En novembre 2023, nous avons signé notre premier contrat de partage de production portant sur le bloc CI-705. Ce bloc avait été rendu à l'État en juin 2022 par TotalEnergies à l'issue d'une période d'exploration de trois ans. Cette attribution s'inscrit dans un contexte favorable à l'émergence d'acteurs nationaux, notamment dans le cadre de la politique de contenu local portée par le gouvernement ivoirien et plus particulièrement par le Ministre des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa COULIBALY.

Nous avons choisi ce bloc sur la base de considérations techniques et commerciales. Nos équipes connaissaient bien la zone et estimaient qu'il existait un potentiel qui méritait d'être réévalué. Après l'attribution, nous avons conduit de nouvelles études géologiques et géophysiques afin d'identifier un objectif viable de forage et de préparer l'entrée d'un partenaire.

Ce travail a abouti en 2025 à la signature d'un accord de farm-out avec la société pétrolière américaine VAALCO Energy. Nous travaillons désormais avec VAALCO, aujourd'hui opérateur sur le bloc, et PETROCI, en vue du forage d'un premier puits à la deuxième période d'exploration.

Certains ont interprété le farm-out comme une revente du bloc.

D'abord, il est utile de rappeler comment l'industrie fonctionne. Un farm-out est un mécanisme classique de partage du risque qui consiste à céder une participation dans un bloc à un partenaire, en contrepartie du financement de tout ou partie des travaux ; par exemple les forages, qui représentent les investissements les plus coûteux et les plus risqués en phase d'exploration.

Par conséquent, l'obtention d'un bloc n'est que le point de départ ; l'enjeu réel est ensuite de financer et de mener à bien les opérations pétrolières. C'est une activité extrêmement risquée. Un seul forage peut représenter un investissement de plusieurs dizaines de millions de dollars. Partout dans le monde, les entreprises du secteur partagent les risques en s'associant. C'est ce que nous avons fait.

Notre rôle a consisté à identifier un bloc disponible à fort potentiel, à en réévaluer le potentiel et à attirer un partenaire pétrolier capable d'investir massivement dans les activités d'exploration.

En moins d'un an, nous avons réussi à repositionner ce bloc et à susciter l'intérêt d'un acteur international reconnu.

En moins d'un an, nous avons réussi à repositionner ce bloc et à susciter l'intérêt d'un acteur international reconnu. Dans notre métier, la crédibilité ne se construit pas dans les déclarations mais dans les réalisations. Ce sont les projets menés avec rigueur, dans la durée, qui finissent par faire la différence.

Comment travaillez-vous avec les autorités ivoiriennes ?

Dans un secteur aussi stratégique que les hydrocarbures, la collaboration avec l'Etat est essentielle.

Dans un secteur aussi stratégique que les hydrocarbures, la collaboration avec l'Etat est essentielle. Nous travaillons dans le cadre du Code pétrolier ivoirien et en étroite collaboration avec le Ministère des Mines, du Pétrole et de l'Energie, la DGH et PETROCI.

PETROCI est naturellement un partenaire privilégié. La société nationale joue un rôle central dans le développement du secteur pétrolier ivoirien. Une grande partie de notre équipe technique en est d'ailleurs issue. Ce sont des professionnels qui connaissent très bien le bassin ivoirien et que l'on appelle affectueusement, dans le milieu, " les dinosaures " — non pas en raison de leur ancienneté, mais en reconnaissance de leur expérience et de leur contribution aux activités de recherche en Côte d'Ivoire.

Comment financez-vous une activité aussi risquée ?

L'exploration pétrolière est effectivement une activité très capitalistique et intrinsèquement risquée. La clé, c'est la rigueur dans le choix des projets et dans la gestion des investissements. Notre approche est pragmatique et repose d'abord sur notre connaissance technique. Nous commençons par identifier des zones prospectives. C'est sur cette base que se construisent les décisions d'investissement. L'enjeu est donc de mettre en œuvre des projets où l'équilibre entre risque et création de valeur est le plus pertinent.

Pour notre première opération, nous avons financé la phase initiale sur fonds propres - paiement du bonus de signature, les garanties bancaires, études techniques – afin de réévaluer le potentiel du bloc. Ensuite, pour les investissements plus importants, notamment les forages, nous faisons entrer des partenaires disposant des capacités techniques et financières nécessaires.

À terme, il serait souhaitable de voir émerger davantage d'investisseurs nationaux dans ce secteur stratégique, afin qu'ils puissent participer à la création de valeur aux côtés des partenaires internationaux.

Quelles pourraient être les retombées pour la Côte d'Ivoire ?

La phase d'exploration représente déjà des investissements importants, que nous estimons à 100 millions de dollars.

Elles peuvent être considérables. La phase d'exploration représente déjà des investissements importants, que nous estimons à 100 millions de dollars. Mais si une découverte commerciale est confirmée, l'échelle change complètement avec plusieurs milliards de dollars d'investissements sur la durée de vie du projet. Une découverte commerciale de gaz, en particulier en offshore peu profond, pourrait avoir un impact majeur pour le pays. Elle permettrait de renforcer durablement l'approvisionnement énergétique et la production d'électricité pour accompagner le développement industriel.

Quel rôle le gaz peut-il jouer dans l'économie ivoirienne ?

Le gaz est déjà au cœur du système énergétique ivoirien. D'abord parce qu'il est aujourd'hui la principale source d'électricité du pays. Quand une économie croît rapidement, comme c'est le cas de la Côte d'Ivoire, la priorité est de disposer d'une énergie fiable, abondante et compétitive. Le gaz répond précisément à ces trois exigences. C'est aussi une énergie de transition. Il émet moins de CO2 que le charbon ou le fioul et permet d'accompagner le développement des énergies renouvelables. Pour un pays en forte croissance, c'est un équilibre très pragmatique entre développement économique et transition énergétique.

Il faut aussi regarder les choses de manière très concrète : produire son gaz naturel est économiquement plus intéressant que l'importer sous forme de GNL. Le prix du gaz produit localement s'est historiquement situé autour de 5 à 6 USD par MMBtu. À l'inverse, le LNG importé sur les marchés internationaux s'échange aujourd'hui le plus souvent entre 10 et 14 dollars par MMBtu, parfois davantage selon les conditions de marché et les coûts logistiques. La différence est significative.

Une économie qui se développe a besoin d'une énergie fiable et compétitive.

En réalité, la question qui se pose pour la Côte d'Ivoire est assez simple : comment sécuriser durablement son approvisionnement en gaz. Les champs historiques comme FOXTROT, ont joué un rôle déterminant dans le développement du secteur électrique, mais leurs réserves diminuent progressivement. Il est donc essentiel de continuer à explorer et à développer de nouveaux gisements. Les découvertes récentes sont encourageantes. Si elles sont développées dans des conditions compétitives, elles peuvent non seulement renforcer l'approvisionnement du marché local, mais aussi, à terme, ouvrir la voie à des projets d'exportation de GNL. Une économie qui se développe a besoin d'une énergie fiable et compétitive. Sans énergie, il n'y a pas d'industrialisation. Le gaz permet de répondre à cet enjeu. Pour la Côte d'Ivoire, il peut être un véritable levier de souveraineté énergétique et de compétitivité économique.Bas du formulaire

La Côte d'Ivoire peut-elle devenir un hub énergétique régional ?

La Côte d'Ivoire dispose déjà d'atouts importants : un secteur électrique relativement développé, des infrastructures gazières existantes et une capacité à exporter de l'électricité vers les pays voisins.

Si de nouvelles ressources sont mises en production dans les prochaines années, le pays pourrait renforcer son rôle dans l'équilibre énergétique de l'Afrique de l'Ouest et devenir un acteur régional de premier plan.

Quels sont vos perspectives ?

Notre priorité est d'exécuter correctement les projets sur lesquels nous sommes engagés, en particulier sur le bloc CI-705.

Notre priorité est d'exécuter correctement les projets sur lesquels nous sommes engagés, en particulier sur le bloc CI-705. Nous continuerons également à développer notre portefeuille d'actifs en Côte d'Ivoire et, lorsque les opportunités seront pertinentes, dans la sous-région. L'important est de construire une présence durable, avec des projets solides sur le plan technique et économiquement compétitifs.

La Côte d'Ivoire connaît aujourd'hui une dynamique économique et énergétique particulièrement forte sous l'impulsion du Président de la République, SEM Alassane Ouattara.
Notre ambition est d'accompagner cette dynamique et de participer activement au développement du potentiel énergétique du pays.

Publié le 10/03/26 09:16

La Rédaction

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