Kinshasa veut remettre en marche une partie oubliée de son patrimoine énergétique. Lors du Conseil des ministres du vendredi 9 janvier 2025, le gouvernement de la République démocratique du Congo a pris acte d'une note stratégique portant sur la réhabilitation de 17 centrales hydroélectriques privées aujourd'hui abandonnées ou en faillite, réparties dans sept provinces du pays. L'objectif est de sécuriser l'approvisionnement électrique des zones minières et étendre l'accès à l'électricité aux populations locales, dans un pays où le déficit énergétique freine toujours le développement économique.
Présentée par le ministre des Ressources hydrauliques et de l'Électricité, cette note intervient dans un contexte de pression croissante sur l'offre énergétique, notamment dans les bassins miniers. Ces 17 centrales, qualifiées de " patrimoine énergétique stratégique " par les autorités, représentent des capacités existantes mais inexploitées, souvent construites pour des besoins industriels aujourd'hui disparus. Leur remise en service est désormais envisagée comme une réponse pragmatique, rapide et moins coûteuse que le développement de nouvelles infrastructures.
Kinshasa mise sur le secteur privé à travers des partenariats encadrés par la réglementation en vigueur, notamment via des contrats de type IPP (Independent Power Producer). Dans ce schéma, l'investisseur privé finance la réhabilitation, exploite la centrale et vend l'électricité produite à un " off-taker ", public ou privé, disposant d'un réseau de distribution, dans le cadre d'un contrat d'achat d'électricité. À l'issue des concessions, l'État prévoit soit un renouvellement, soit une rétrocession des installations pour de nouveaux cycles contractuels.
Pour le gouvernement, Il s'agit de renforcer la sécurité énergétique des zones minières stratégiques, de réduire la dépendance aux générateurs thermiques coûteux et polluants, de valoriser des actifs existants et de limiter le recours aux énergies fossiles importées. Autant de leviers jugés essentiels pour soutenir la croissance, alors que la demande en électricité progresse plus vite que les capacités disponibles.
Si les autorités n'ont pas communiqué la liste des 17 centrales concernées, des projets comme celui de la centrale hydroélectrique de Mpiana-Mwanga, dans la province du Tanganyika, illustre concrètement cette orientation. Il y a de cela quelques années, la société australienne AVZ Minerals a rendu public un protocole d'accord signé avec le ministère congolais des Ressources hydrauliques et de l'Énergie. À travers sa filiale AVZ Power SAU, le groupe souhaitait obtenir un bail exclusif de long terme pour réhabiliter et exploiter cette centrale construite en 1933 sur la rivière Luvua et arrêtée depuis 1982, après la fermeture d'une ancienne mine d'étain.
Cette stratégie intervient dans un contexte énergétique particulièrement tendu. Moins de 10 % de la population congolaise a aujourd'hui accès à l'électricité, selon les données reprises par plusieurs institutions internationales. La RDC est ainsi, après le Nigeria, le pays africain comptant le plus grand nombre de personnes privées d'électricité. Ce paradoxe est d'autant plus marqué que le pays dispose de l'un des plus importants potentiels hydroélectriques au monde, estimé à plus de 100 000 MW, dont l'écrasante majorité reste inexploitable faute d'investissements et d'infrastructures adaptées.
Perton Biyiha
La Rédaction
Publié le 12/01/26 12:19


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