Pour le 6e mois consécutif, l'UEMOA évolue en territoire déflationniste. En novembre 2025, l'inflation est ressortie à -0,5% en glissement annuel, après -1,1% en octobre, selon les dernières données publiées ce 5 janvier par la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).
Une situation qui confirme l'ancrage d'une dynamique de baisse des prix dans la région, après quelques années de tensions inflationnistes.
L'alimentation, principal moteur du recul des prix
Cette évolution s'explique avant tout par la détente observée sur les prix des produits alimentaires. Leur contribution à l'inflation globale est passée de -1% en octobre à -0,2% en novembre 2025. En clair, la baisse des prix des denrées de base continue de tirer l'indice général vers le bas, mais à un rythme moins prononcé.
Les céréales, les huiles végétales et les légumes frais figurent parmi les produits dont les prix ont le plus reculé. Or, ces denrées occupent une place centrale dans le panier de consommation des ménages de la région, ce qui amplifie leur impact sur l'évolution générale des prix. Cette détente reflète à la fois une amélioration de l'offre, des conditions climatiques plus favorables dans certaines zones agricoles et un reflux des tensions sur les marchés internationaux.
De fortes disparités entre pays membres
Derrière cette moyenne régionale se cachent toutefois des situations nationales contrastées. Le Niger se distingue par l'une des périodes de déflation les plus longues de l'Union. L'inflation y est restée négative au cours des 8 derniers mois, atteignant -7,3% en novembre 2025, soit la plus forte baisse des prix observée dans la région. Le pays a notamment enregistré une chute significative des prix du riz, produit de base pour les ménages, en recul de 29,3% au 3e trimestre 2025.
Le Burkina Faso et la Guinée-Bissau suivent avec des taux d'inflation respectivement de -2% et -1,8%. À l'inverse, certains pays demeurent en inflation positive. Le Sénégal affiche le taux le plus élevé de l'Union à 2,9%, devant le Bénin (1,1%), le Mali (0,6%) et le Togo (0,2%). La Côte d'Ivoire se situe dans une position intermédiaire, avec une inflation strictement nulle en novembre, traduisant une stabilité générale des prix.
Une inflation sous-jacente encore modérée
Autre indicateur clé, l'inflation sous-jacente, qui mesure la tendance de fond des prix en excluant les produits frais et l'énergie, reste contenue. Elle s'est établie à 0,2% en novembre 2025, en légère hausse de 0,2 point par rapport à octobre. Cette progression modeste suggère que, hors facteurs volatils, les pressions inflationnistes demeurent faibles dans l'Union.
Pour la BCEAO, cette configuration offre une lecture nuancée de la conjoncture. Si la déflation soutient temporairement le pouvoir d'achat des ménages, elle peut aussi traduire une demande intérieure encore fragile dans certains pays. Le défi des prochains mois consistera à consolider la reprise économique tout en évitant une déflation durable, susceptible de freiner l'investissement et la dynamique de croissance dans l'espace UEMOA.
Dr Ange Ponou
Publié le 06/01/26 16:34


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