La dynamique s'accélère autour de l'un des projets d'infrastructures les plus structurants d'Afrique de l'Ouest, en l'occurrence le corridor Abidjan-Lagos. En effet, le groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et la CEDEAO ont organisé les 19 et 20 février à Abidjan, une session d'orientation stratégique à l'intention des dix membres du nouveau Conseil d'administration de l'Autorité de gestion dudit projet (ALCoMA). L'objectif vise à poser les bases opérationnelles d'une gouvernance supranationale appelée à piloter une autoroute de 1 028 kilomètres reliant cinq économies majeures, à savoir la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria.
Officiellement installé et assermenté en décembre 2025, lors de la 22e réunion du comité de pilotage ministériel du projet, le Conseil d'administration d'ALCoMA entame ainsi sa phase d'appropriation technique et institutionnelle. Les travaux ont permis de revisiter le traité relatif au corridor, sa vision intégrée et son statut supranational, consacrés par les chefs d'État des cinq pays traversés.
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Au-delà du cadre juridique, traité, accords intergouvernementaux et projet d'accord international, les administrateurs ont procédé à un premier examen du règlement intérieur, de la charte institutionnelle, ainsi que du processus de recrutement du directeur général, des administrateurs et du personnel technique. Une étape clé pour crédibiliser l'Autorité et rassurer les partenaires financiers sur la solidité de la gouvernance.
La session d'orientation n'a pas été cantonnée aux seuls aspects institutionnels. Les membres du conseil ont été initiés aux dimensions économiques du projet : facilitation du commerce et des transports, développement spatial, structuration de chaînes de valeur, logistique et pôles économiques d'ancrage. L'ambition est de faire du corridor un levier d'industrialisation et d'intégration régionale.
La BAD en chef de file pour la mobilisation financière
Pour le groupe de la BAD, le corridor Abidjan-Lagos constitue un projet à fort potentiel transformateur. Mike Salawou, directeur du département des Infrastructures et du Développement urbain, a réaffirmé l'engagement de l'institution à jouer son rôle d'arrangeur principal mandaté, aux côtés de la Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), afin de structurer et mobiliser les financements nécessaires.
Déjà, la Banque a apporté une assistance technique significative et mobilisé 25 millions de dollars lors de la phase préparatoire, aujourd'hui pratiquement achevée. Le défi à venir portera sur la structuration financière globale d'un projet estimé à plusieurs milliards de dollars, dans un contexte régional marqué par des contraintes budgétaires et une exigence accrue de viabilité économique.
À l'horizon 2030, l'autoroute Abidjan-Lagos ambitionne de devenir l'épine dorsale économique et industrielle de l'Afrique de l'Ouest. En reliant des capitales économiques majeures et des ports stratégiques du Golfe de Guinée, elle devrait intensifier les échanges intra-régionaux, réduire les délais de transit et renforcer l'attractivité des territoires traversés. L'installation et la montée en puissance du conseil d'administration d'ALCoMA marquent ainsi un tournant institutionnel décisif.
Publié le 25/02/26 09:23
Narcisse Angan
SN
CEMAC