Le Cameroun prévoit plusieurs réformes destinées à renforcer les capacités de financement de son système bancaire et à diversifier les sources de capitaux disponibles pour l'économie. Ces mesures, inscrites dans la Stratégie nationale de développement du secteur financier 2024-2030, concernent notamment le crédit hypothécaire, le financement des PME, les mécanismes de garantie et le développement du capital-investissement. Elles sont également recensées par la Banque africaine de développement (BAD) dans son Rapport pays 2026 Cameroun.
Le premier chantier porte sur une réforme du crédit hypothécaire, accompagnée de la création d'une Caisse de refinancement hypothécaire via le Crédit foncier du Cameroun. Il s'agit de renforcer le financement de l'acquisition et de la construction de logements, à travers des crédits garantis par des hypothèques, tout en donnant aux établissements concernés un meilleur accès au refinancement. Cette réforme doit ainsi contribuer à développer un marché hypothécaire encore insuffisamment profond et à accroître les capacités de financement du logement.
Dans le même registre, les autorités envisagent la mise en place d'une société de gestion des fonds de garantie. Celle-ci doit permettre de mieux structurer et gérer les mécanismes de garantie afin de faciliter l'accès au crédit pour des catégories d'emprunteurs considérées comme plus risquées par les établissements prêteurs. Le dispositif doit notamment profiter aux entreprises qui disposent de projets viables, mais peinent à obtenir des financements faute de garanties suffisantes.
Le financement des entreprises constitue justement un autre volet important du programme. Le Cameroun prévoit de restructurer la Banque camerounaise des PME, afin de renforcer cet outil public dédié au financement des petites et moyennes entreprises et d'améliorer sa capacité à répondre à leurs besoins.
Au-delà du crédit bancaire, les autorités veulent également élargir les possibilités de financement en favorisant le développement du capital-investissement. Il est ainsi prévu de mettre en place un écosystème favorable à cette activité, afin d'accroître les apports en fonds propres aux entreprises et de diversifier leurs sources de financement. Le pays prévoit parallèlement de définir un plan d'action national pour le verdissement du secteur financier et la promotion de la finance durable, avec l'objectif d'intégrer davantage les considérations environnementales dans les décisions d'investissement et les mécanismes de financement.
À ces différents chantiers s'ajoutent le renforcement de la Société de recouvrement des créances, notamment de ses capacités de recouvrement des créances du secteur bancaire, ainsi que la mise en place d'un centre de formation et de professionnalisation des métiers de la banque et des autres métiers de la finance. L'ensemble vise à améliorer à la fois l'efficacité des acteurs financiers, les mécanismes de financement et l'environnement dans lequel ils évoluent.
Des banques de plus en plus exposées au financement public
Ces réformes prennent toutefois place dans un secteur bancaire dont les ressources sont de plus en plus mobilisées pour financer l'État. Selon la BAD, les avoirs des banques en titres publics du gouvernement camerounais représentaient 2,3% de leurs actifs en 2010, contre 9,5% en 2015 et 32% à fin juin 2025. Cette progression, estime l'institution, " pourrait se traduire par un effet d'éviction du crédit au secteur privé et des risques contre la stabilité systémique ".
Cette exposition croissante aux titres publics intervient par ailleurs dans un contexte marqué par des tensions sur les finances publiques. La BAD souligne " le risque de surendettement élevé en raison d'un problème de liquidité, le niveau préoccupant du service de la dette publique (23,8% du budget en 2025 contre 9,8% en 2013), et l'accumulation d'arriérés ". La situation financière de certaines entreprises publiques constitue également une source de vulnérabilité. " La gestion des entreprises publiques en difficultés présente également des risques budgétaires, fragilisant la relation État-banques ", relève la BAD.
Le secteur bancaire conserve néanmoins une trajectoire de croissance. À fin novembre 2025, son total de bilan avait progressé de 9,3% sur un an, pour atteindre 13 592,9 milliards de FCFA, selon les données compilées par la BAD.
Claude Paul Tjeg
Publié le 20/08/26 11:17
La Rédaction
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