Le Cameroun paie un prix élevé pour son ouverture commerciale à l'Union européenne et au Royaume-Uni. Depuis le lancement du démantèlement tarifaire prévu par les deux accords de partenariat économique en vigueur, le pays a renoncé à un montant cumulé proche de 109 milliards FCFA de recettes douanières, selon le rapport sur l'économie camerounaise en 2025 présenté à Yaoundé le 25 août dernier. Il s'agit des droits de douane que l'État aurait perçus en l'absence de la réduction progressive des taxes appliquées aux produits européens et britanniques éligibles.
L'accord avec l'Union européenne reste, de loin, le plus ancien et le plus déterminant des deux dispositifs. Yaoundé a signé l'accord d'étape vers un APE le 28 juillet 2014, entré en application dès le mois d'août suivant, avant que le véritable démantèlement tarifaire ne débute le 4 août 2016, pour s'étaler sur quinze ans. Les produits concernés sont répartis en trois groupes. Les médicaments, engrais et intrants prioritaires pour le premier ; les équipements et matériels de production pour le deuxième ; et les biens à fort rendement fiscal, tels que les véhicules de tourisme, le ciment, les carburants ou les céréales, pour le troisième.
En 2025, les groupes 1 et 2 avaient déjà atteint 100 % de démantèlement, tandis que le troisième groupe bénéficiait d'une réduction de 60 %. Cette progression du calendrier explique en partie la moins-value fiscale de 19,6 milliards FCFA enregistrée sur l'année, en hausse de 2,9 % par rapport à 2024. Cette évolution tient notamment à la dynamique des importations du groupe 3, dont la moins-value a augmenté de 9 %, soit 0,3 milliard FCFA supplémentaire, sous l'effet conjugué de l'avancée du calendrier de démantèlement et de l'augmentation des achats auprès des fournisseurs européens.
Les groupes 1 et 2 représentent respectivement 41 % et 40,7 % du total de la moins-value, tandis que le troisième groupe pèse 18,2 %, en progression d'un point sur un an. Cinq pays européens concentrent par ailleurs l'essentiel de ce manque à gagner. La France arrive en tête avec 21,3 %, suivie de l'Espagne avec 13,1 %, de l'Italie avec 12,9 %, de l'Allemagne avec 10,8 % et de la Belgique avec 8,7 %. À eux cinq, ces pays représentent près des deux tiers du total. Cumulée depuis 2016, la moins-value liée à l'APE avec l'Union européenne atteint désormais 108 milliards FCFA.
Le Royaume-Uni, un poids marginal
À côté de l'accord avec l'Union européenne, celui conclu avec le Royaume-Uni apparaît comme un dispositif de moindre ampleur. Signé le 9 mars 2021, après le Brexit, et entré en vigueur le 9 juillet de la même année, il reprend une architecture similaire, avec trois groupes de produits.
La moins-value qui en découle s'est établie à 128,1 millions FCFA en 2025, contre 94 millions FCFA un an plus tôt, soit une progression de 36,3 %. Le groupe 2 concentre l'essentiel du manque à gagner, avec 90,4 millions FCFA, soit 71 % du total, devant le groupe 3 avec 19,5 millions FCFA et le groupe 1 avec 18,3 millions FCFA. Depuis l'entrée en vigueur de l'accord, le cumul atteint 908,8 millions FCFA, un montant environ 153 fois inférieur à la moins-value enregistrée avec l'Union européenne sur la seule année 2025.
Au total, les deux accords ont ainsi entraîné une moins-value cumulée proche de 109 milliards FCFA pour l'État camerounais depuis le début de leur mise en œuvre. Le rapport présenté à Yaoundé nuance toutefois la portée de ce manque à gagner. Cette moins-value ne constitue pas nécessairement une perte sèche pour l'économie dans son ensemble, puisqu'elle se traduit aussi par une baisse du coût des produits importés pour les entreprises et les ménages, notamment pour les PME utilisant des intrants et des équipements européens ou britanniques. Cette préférence tarifaire reste toutefois conditionnée au respect des règles d'origine.
Reste donc la question de la contrepartie économique de cet effort fiscal. La baisse des recettes douanières est-elle compensée par une amélioration de la compétitivité des entreprises camerounaises, une progression des exportations vers l'Europe et le Royaume-Uni ou encore par des investissements créateurs de valeur locale ? Au regard des critiques récurrentes sur les effets des APE et de la faiblesse persistante des exportations camerounaises vers ces marchés, cette compensation demeure, à tout le moins, difficile à établir.
Depuis le 4 août 2026, l'accord avec l'Union européenne est entré dans sa onzième phase de démantèlement tarifaire, portant la réduction appliquée au groupe 3 de 60 % à 70 %. La pression sur les recettes douanières camerounaises devrait donc continuer de s'accentuer au fur et à mesure de l'avancée du calendrier, lequel doit s'achever quinze ans après son lancement.
Claude Paul Tjeg
Publié le 26/08/26 10:21
La Rédaction
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