Le 24 avril 2026, Fitch Ratings a maintenu la note souveraine du Cameroun à " B " avec une perspective négative. Mais dans l'analyse accompagnant cette décision, l'agence de notation américaine a une nouvelle fois pointé un sujet qui revient régulièrement dans ses évaluations : la persistance des financements parallèles opérés par la Société nationale des hydrocarbures (SNH), considérés comme l'un des principaux points de fragilité des finances publiques du pays.
L'agence estime d'ailleurs que les engagements pris par Yaoundé en 2025, dans la circulaire présidentielle relative à la préparation du budget 2026, ne conduiront pas à une cessation effective de ces pratiques budgétaires dérogatoires. " Une faible gestion des finances publiques est également attestée par les “interventions directes” (activités quasi-fiscales) de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), qui sont restées élevées en 2025. Fitch s'attend à ce que les “interventions directes” se poursuivent en 2026, malgré une circulaire présidentielle de juillet 2025 s'engageant à mettre fin à cette pratique ", écrit Fitch Ratings.
Cette appréciation intervient alors même que les autorités camerounaises avaient officiellement annoncé, à partir de juillet 2025, un encadrement plus strict de ces mécanismes utilisés depuis plusieurs années pour financer certaines dépenses de l'État en dehors des circuits budgétaires classiques. Dans sa circulaire présidentielle du 18 juillet 2025 consacrée à la préparation du budget 2026, le chef de l'État avait indiqué qu'" un terme devra être mis dès 2026 à la pratique des interventions directes au niveau de la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Les opérations y relatives suivront dorénavant la procédure normale d'exécution de la dépense, au même titre que les autres dépenses du budget de l'État ".
Le texte précisait toutefois qu'" un mécanisme spécifique de paiement " resterait prévu au ministère des Finances afin de préserver la rapidité d'exécution de certaines dépenses considérées comme urgentes, notamment dans les domaines sécuritaires et de souveraineté.
Le FMI relie les dérapages budgétaires aux interventions de la SNH
Les inquiétudes exprimées par Fitch prolongent celles formulées depuis plusieurs années par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre du programme économique soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC) et le Mécanisme élargi de crédit (MEDC). Dans son rapport d'août 2025 relatif à la huitième revue du programme conclu avec le Cameroun, l'institution de Bretton Woods établissait un lien direct entre les dérapages budgétaires observés et les financements effectués via la compagnie pétrolière publique. Le rapport indiquait ainsi que " les interventions directes non planifiées par l'intermédiaire de la SNH ont été la principale source de dérapage budgétaire ".
Les documents du FMI montrent que ces dépenses parallèles ont pesé directement sur l'équilibre budgétaire de l'État. Dans le mémorandum complémentaire de politique économique et financière couvrant la période 2024-2025, les autorités reconnaissent que " les interventions directes de la SNH, les avances de trésorerie, les dépenses de souveraineté et d'autres dépenses imprévues ont contribué au dépassement des dépenses budgétisées à hauteur de 388 milliards de FCFA, soit 1,2 point de pourcentage du PIB ".
Le gouvernement reconnaît également que ces tensions ont compromis les opérations prévues d'apurement des arriérés intérieurs dans le cadre de la gestion de la dette publique. Les autorités indiquent ainsi que " ces difficultés nous ont empêchés de procéder à l'apurement de 537 milliards de FCFA d'arriérés intérieurs à fin 2024 ", tout en signalant l'accumulation de " nouveaux arriérés de 64 milliards de FCFA ".
Depuis le lancement du programme avec le FMI en 2021, les interventions directes de la SNH reviennent régulièrement dans les discussions entre Yaoundé et ses bailleurs internationaux. Les rapports successifs du Fonds montrent que le Cameroun a dépassé à plusieurs reprises les plafonds fixés dans le cadre du programme.
En 2021, ces interventions avaient atteint 138 milliards de FCFA à la fin du premier semestre, contre un plafond de 100 milliards fixé avec le FMI. En 2022, elles avaient de nouveau dépassé les limites convenues, atteignant 91,9 milliards de FCFA à mi-parcours. Entre 2020 et 2021, ces financements hors budget ont représenté au total 419 milliards de FCFA.
Les autorités camerounaises ont régulièrement justifié ces dépassements par les dépenses sécuritaires, les subventions aux carburants et les difficultés de trésorerie du secteur électrique. Un comité réunissant la SNH et le ministère des Finances a d'ailleurs été mis en place afin d'assurer un suivi trimestriel transmis au FMI.
Malgré ces dispositifs, les évaluations successives du Fonds — notamment celles publiées en novembre 2024 puis en août 2025 — considèrent que ces dépenses ont continué à réduire les marges budgétaires disponibles pour d'autres postes, en particulier l'investissement public.
Perton Biyiha
Publié le 07/05/26 12:18
La Rédaction
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