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Ghana/Cacao : Sous pression de la dette, le pays va lever 1 milliard USD sur le marché local pour financer sa filière

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Le Ghana amorce un tournant majeur dans le financement de sa filière cacao. Confronté en effet à une pression croissante sur sa dette et aux turbulences du marché mondial du cacao, le deuxième producteur mondial de fèves prévoit de mobiliser environ 1 milliard de dollars, soit 557 milliards FCFA, à travers une émission obligataire domestique destinée à financer les achats de cacao pour la campagne à venir 2026/2027.

Selon les informations rapportées par Bloomberg, le gouvernement ghanéen envisage de lever ces ressources en monnaie locale, le cedi, plutôt qu'en dollars. Une décision qui traduit la volonté des autorités de limiter leur exposition aux fluctuations des marchés internationaux et aux risques liés à l'endettement extérieur. L'opération devrait être lancée avant le démarrage officiel de la prochaine campagne cacaoyère prévu autour du mois d'août prochain.

‘'Nous envisageons de financer l'intégralité de la récolte'', a déclaré Randy Abbey, directeur général du Ghana Cocoa Board (COCOBOD), le régulateur de la filière, cité par le confrère, lors du Forum africain sur l'investissement dans le cacao organisé à Londres. Le responsable estime que les conditions actuelles du marché intérieur sont devenues plus favorables au recours à un financement local. ‘'Nous pensons que les taux d'intérêt au Ghana sont actuellement au niveau idéal pour entrer sur le marché'', a-t-il ajouté.

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Cette stratégie marque une rupture importante avec le modèle traditionnel de financement du secteur, historiquement soutenu par des prêts syndiqués en devises étrangères accordés par des négociants internationaux de matières premières.

Cette réorientation stratégique intervient après une période de forte instabilité sur le marché mondial du cacao. En 2024, les prix du cacao avaient atteint des niveaux historiques sous l'effet des pénuries d'approvisionnement et des difficultés climatiques touchant les principaux pays producteurs d'Afrique de l'Ouest. Mais après cette flambée spectaculaire, les cours ont brutalement reculé, mettant sous pression les systèmes de financement du cacao au Ghana et compliquant les mécanismes de remboursement des prêts contractés auprès des créanciers étrangers. Cette volatilité a mis en lumière les fragilités du modèle de financement ghanéen fortement dépendant des emprunts extérieurs garantis par les futures exportations de cacao.

Une filière cacao sous fortes tensions

Pilier historique de l'économie ghanéenne, la filière cacao traverse actuellement une période délicate. Le secteur subit simultanément les effets de la baisse de la production, des changements climatiques, de l'expansion des activités minières illégales et des difficultés financières qui affectent les structures publiques chargées de l'achat des récoltes. Au cœur des inquiétudes figure notamment la Producer Buying Company (PBC), société publique chargée d'acheter le cacao auprès des producteurs en tant qu'acheteur de dernier recours.

L'entreprise fait face à une grave crise de liquidité. Selon les données disponibles, la PBC cumule une dette d'environ 673 millions de cedis, soit près de 60 millions de dollars, tandis qu'elle doit également environ 24 millions de cedis aux producteurs pour plus de 9 000 sacs de cacao déjà livrés. Ces tensions financières alimentent les craintes autour de la capacité de la société à poursuivre ses opérations à grande échelle. Le gouvernement ghanéen avait pourtant promis plus tôt cette année de relancer la PBC et de restaurer son rôle central dans l'écosystème du cacao.

Un contexte macroéconomique plus favorable

Le projet d'émission obligataire intervient toutefois dans un environnement économique qui montre certains signes d'amélioration après plusieurs années de crise marquées par une inflation galopante, une forte dépréciation de la monnaie et une restructuration de la dette publique.

L'inflation annuelle, bien qu'en légère hausse en avril à 3,4% contre 3,2% en mars, demeure largement inférieure aux pics observés durant la crise économique récente. Dans le même temps, la Banque centrale du Ghana a poursuivi sa politique d'assouplissement monétaire. Le taux directeur a récemment été abaissé à 14%, après plusieurs réductions successives entamées depuis 2025, contribuant à réduire le coût du crédit et à améliorer les conditions de financement sur le marché domestique.

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Pour les analystes, cette future émission obligataire constitue un test crucial pour la capacité du Ghana à restructurer durablement le financement de sa filière cacao. Le succès de l'opération pourrait permettre au pays de stabiliser son principal secteur d'exportation, tout en réduisant sa dépendance aux marchés financiers étrangers, souvent exposés à de fortes fluctuations.

Au-delà de l'enjeu financier, Accra cherche également à préserver un secteur vital pour son économie nationale, le cacao représentant des centaines de milliers d'emplois ruraux et une source essentielle de devises pour le pays. Dans un contexte mondial marqué par la volatilité des matières premières et les tensions sur les marchés agricoles, le Ghana tente ainsi de reprendre le contrôle du financement de l'un de ses actifs économiques les plus stratégiques.

Publié le 09/05/26 07:47

Narcisse Angan

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