À travers sa Stratégie nationale de développement du secteur financier 2024-2030, le Cameroun ambitionne de " développer un système financier national profond et intégré, capable de mobiliser et de réallouer des capitaux à grande échelle, au niveau transfrontalier ". Cette ambition, qui sous-tend la stratégie nationale, est également mise en avant par la Banque africaine de développement (BAD) dans son Rapport pays 2026 Cameroun, qui présente plusieurs réformes destinées à améliorer le fonctionnement du système financier et à renforcer son rôle dans le financement de l'économie.
Le premier chantier porte sur la création d'une Caisse de refinancement des établissements de microfinance (EMF), également présentée comme une centrale nationale de trésorerie des EMF. L'objectif est de permettre à ces établissements de mieux gérer leurs besoins de liquidité et d'accéder plus facilement au refinancement. Cette réforme intervient alors que la microfinance occupe une place croissante dans l'intermédiation financière au Cameroun.
En 2024, le pays comptait 384 établissements de microfinance agréés et en activité, selon la COBAC. Leur total de bilan atteignait 1 160,6 milliards de FCFA, en hausse de 3,2 % sur un an. À l'échelle de la CEMAC, le Cameroun concentrait ainsi plus de la moitié du bilan agrégé des établissements de microfinance de la sous-région.
Le poids des EMF dans le financement de l'économie s'est également accru ces dernières années. En 2024, ces établissements ont accordé 659,4 milliards de FCFA de crédits, soit environ 41 milliards de FCFA de plus qu'un an auparavant. Dès 2023, les dépôts collectés atteignaient 879,6 milliards de FCFA, représentant 11,4 % des dépôts bancaires, tandis que les crédits distribués par les EMF représentaient 12,3 % des crédits accordés par les banques.
Cette progression s'accompagne cependant de fragilités qui rendent nécessaire le renforcement des infrastructures du secteur. Le rapport annuel 2024 de la BEAC relève notamment que 28 % des EMF présentaient un ratio de liquidité inférieur au minimum réglementaire de 100 %. Par ailleurs, 37 % affichaient un ratio de couverture des immobilisations inférieur au seuil réglementaire, tandis que 34 % dépassaient les limites prévues en matière de division des risques.
C'est dans ce contexte que la création d'une centrale nationale de trésorerie prend tout son sens. Elle doit contribuer à mieux répondre aux tensions de liquidité auxquelles peuvent être confrontés certains établissements et, par conséquent, à renforcer leur capacité à maintenir leur activité de crédit. L'enjeu est d'accompagner l'expansion de la microfinance sans perdre de vue les exigences de solidité financière et de stabilité du secteur.
Le deuxième chantier concerne l'amélioration de l'accès à l'information financière. Le Cameroun prévoit ainsi la création d'une base de données financières accessible au grand public. Cette infrastructure doit faciliter l'accès aux informations financières et contribuer à réduire les asymétries d'information susceptibles de compliquer les décisions de financement.
À cette infrastructure s'ajoute la création d'une chambre arbitrale dédiée aux recours extrajudiciaires dans le secteur financier. L'objectif est de mettre à la disposition des acteurs du secteur un mécanisme de règlement des différends en dehors des procédures judiciaires classiques. Cette réforme vise ainsi à améliorer la sécurité des transactions et à renforcer la confiance entre les différents intervenants du système financier.
Le troisième volet porte précisément sur le partage des données relatives à la clientèle. Les autorités prévoient le déploiement, auprès des banques et des établissements de microfinance, d'une nouvelle plateforme électronique de centralisation et de partage des données et informations sur leurs clientèles. En facilitant la circulation de l'information entre les établissements, cette plateforme doit permettre de mieux apprécier le profil et le risque des emprunteurs et, à terme, de créer de meilleures conditions d'accès au crédit.
Cette réforme répond à un enjeu particulièrement important dans un marché où les risques de crédit demeurent élevés. Pour les EMF de deuxième catégorie,ui sont habilités à collecter l'épargne auprès du public et à accorder des crédits à des tiers occupent notamment une place importante dans cette activité. Au 30 septembre 2024, les données disponibles faisaient ressortir 369,2 milliards de FCFA de crédits, mais aussi 86,5 milliards de FCFA de créances en souffrance, soit un taux de 23,43 % du portefeuille. Les douze premiers établissements concentraient par ailleurs plus des deux tiers des crédits de cette catégorie..
L'amélioration de l'information financière apparaît donc comme un complément nécessaire au renforcement des capacités de financement des EMF. Une meilleure circulation des données peut permettre aux établissements de réduire les asymétries d'information, d'améliorer l'évaluation du risque de crédit et de limiter l'accumulation de créances en souffrance. Elle doit également contribuer à élargir l'accès au financement pour les clients disposant d'un historique financier exploitable.
Au total, ces quatre chantiers — la création d'une caisse de refinancement, la mise en place d'une base de données financières accessible au public, l'instauration d'une chambre arbitrale et le déploiement d'une plateforme de centralisation et de partage des données sur les clientèles — agissent sur plusieurs contraintes du système financier camerounais : la liquidité, l'accès à l'information, le partage des données et le règlement des différends.
À travers ces réformes, les autorités cherchent ainsi à accompagner le développement de la microfinance tout en renforçant la solidité des établissements et la confiance des épargnants et des emprunteurs. Elles s'inscrivent plus largement dans l'ambition de la Stratégie nationale de développement du secteur financier 2024-2030 : approfondir le système financier camerounais, améliorer sa capacité à mobiliser l'épargne et faciliter une allocation plus efficace des capitaux au service du financement de l'économie.
Claude Paul Tjeg
Publié le 20/08/26 11:30
La Rédaction
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