Le Cameroun s'attaque à la crise de liquidité qui fragilise son secteur électrique. Selon les données du Compact énergétique élaboré avec l'appui de la Banque mondiale, la société Eneo, concessionnaire du service public de l'électricité, affichait fin décembre 2024 une dette totale estimée à 800 milliards de FCFA, pour environ 80 milliards de créances. La dette fournisseur s'élève à près de 500 milliards, traduisant une forte tension de trésorerie dans un secteur où les investissements peinent à suivre la croissance de la demande.
Les causes de ce déséquilibre sont multiples et structurelles. D'après le Compact énergétique, le rendement de distribution reste faible, freiné par des pertes techniques et commerciales de 14 % chacune en 2023, selon le ministère de l'Eau et de l'Énergie (Minee). Ces pertes découlent du sous-investissement dans le réseau de distribution, de la vétusté des équipements, et d'un recouvrement insuffisant des factures, notamment celles des entités publiques. La fraude et les retards de paiement aggravent la situation, tout comme le gel des tarifs pour les clients régulés basse et moyenne tensions depuis 2012, mesure qui a généré d'importantes compensations à la charge de l'État.
Malgré un retour aux bénéfices en 2022 (10 milliards de FCFA, après une perte de 35,5 milliards en 2021), puis 8,4 milliards en 2023, la trésorerie reste dégradée. Le solde global est passé de +3,6 milliards en 2022 à -1,6 milliard FCFA fin 2023, selon le rapport annuel d'Eneo.
Pour enrayer cette spirale, le gouvernement camerounais met en place un plan de redressement complet à l'horizon 2026, intégré au Compact énergétique. Ce programme prévoit, dans un premier temps, le rachat par l'État des parts d'Actis en 2025, puis l'élaboration d'un diagnostic et d'un plan de restructuration de la société de distribution d'ici février 2026. L'objectif est de réorganiser la dette de l'entreprise et d'assainir sa structure financière.
Parallèlement, plusieurs mesures structurelles sont envisagées. Le gouvernement prévoit la création en 2026 d'un fonds de stabilisation des paiements, destiné à sécuriser les flux financiers en cas de défaut temporaire de paiement des clients publics. Un mécanisme de recouvrement renforcé des factures des entités publiques doit être opérationnel la même année, afin de réduire les arriérés récurrents.
Sur le plan tarifaire, le régulateur a entamé depuis 2023 une hausse progressive des tarifs pour les clients moyenne tension (3 à 10 MW), avec un ajustement de 10 % par an jusqu'en 2026, visant un alignement sur le coût réel du service. Cette mesure a déjà permis une hausse du chiffre d'affaires d'environ 18 milliards de FCFA sur la période 2023-2024.
Le plan prévoit aussi un renforcement des investissements dans la distribution afin de réduire les pertes techniques et commerciales et d'atteindre un rendement global de 90 % d'ici 2030. L'État entend élargir la base clientèle par de nouveaux branchements et réexaminer la politique tarifaire d'ici fin 2026, pour garantir la rentabilité des investissements dans les zones isolées.
Selon le Minee, la restructuration d'Eneo d'ici 2026 vise à " restaurer la viabilité financière du secteur, garantir la continuité de l'approvisionnement et attirer de nouveaux investissements privés ". Ce chantier, inscrit dans la feuille de route énergétique du pays, conditionne à terme la stabilité du réseau national et la capacité du Cameroun à répondre à la demande croissante d'électricité.
Perton Biyiha
Publié le 23/10/25 17:05
La Rédaction
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CEMAC