Les réserves de change de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) s'établissaient à 7 248 milliards FCFA à fin avril 2026, en repli de 1,6 % sur un an, sous l'effet des sorties de devises liées aux importations et au service de la dette extérieure. Le Comité de politique monétaire, réuni en juin dernier à Yaoundé, table pour sa part sur des réserves atteignant 7 962,3 milliards FCFA au 31 décembre 2026, soit une progression de 25 % sur l'année, portant la couverture à 4,72 mois d'importations de biens et services contre 4,12 mois en 2025. Ce montant équivaut à environ 14 milliards de dollars, un chiffre que Fitch Ratings reprend dans son commentaire du 14 août sur la notation du Congo. Le tableau de bord macroéconomique de la BEAC confirme cette trajectoire dans son scénario de base. Les avoirs extérieurs nets de la zone progresseraient de 80,8 % sur l'année, portés par un cours du baril retenu à 87,2 dollars.
Ce redressement des comptes extérieurs s'accompagne d'une amélioration des équilibres macroéconomiques régionaux. Selon les projections de la BEAC, le déficit budgétaire régional, base engagements dons compris, se réduirait à 1 % du PIB en 2026 contre 2,6 % en 2025, tandis que le déficit du compte courant reculerait à 2,9 % du PIB contre 4 % l'année précédente. La croissance réelle de la zone est attendue à 3,2 %, portée principalement par le secteur non pétrolier.
Le taux de couverture extérieure de la monnaie, indicateur central pour la crédibilité de l'arrimage à l'euro, progresserait à 70,7 % fin 2026 contre 65,2 % en 2025, un niveau que la BEAC associe directement à " l'évolution favorable des cours du pétrole et la stabilité des volumes exportés par les pays de la Cemac ". Le retour de plusieurs États sur le marché des eurobonds, à l'image des deux émissions congolaises de 2026, s'est ajouté aux facteurs cités par la banque centrale, aux côtés " des emprunts bilatéraux et commerciaux des États, les rapatriements des recettes pétrolières et les décaissements des partenaires institutionnels ".
Un scénario conjoncturel
Fitch juge néanmoins cette situation conjoncturelle. L'agence souligne que la fenêtre pétrolière actuelle restera " temporaire ". Les propres scénarios de la BEAC en tiennent d'ailleurs compte : au-delà de 2026, la progression des réserves ralentirait, avec des niveaux attendus à 8 649,1 milliards FCFA en 2027 (5,08 mois d'importations), puis 9 555 milliards en 2028 et 10 773,2 milliards en 2029, une trajectoire qui suppose le maintien de conditions extérieures favorables sur plusieurs années consécutives, un pari que la volatilité historique des cours pétroliers rend incertain.
La soutenabilité de ce mouvement reste enfin suspendue aux négociations engagées avec le Fonds monétaire international par plusieurs pays de la zone, dont le Congo depuis avril 2026 et le Gabon depuis mai. Fitch précise qu'un accord régional cohérent dépendra des assurances de politique économique apportées par l'ensemble des membres, évoquant nommément " un ajustement fiscal au Gabon " comme condition à la conclusion des programmes. La stabilité future du système monétaire CEMAC reste ainsi tributaire des arbitrages budgétaires nationaux à venir, au Gabon, au Congo, comme dans le reste de la zone.
Idrissa Diakité
Publié le 20/08/26 11:38
La Rédaction
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