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CEMAC : Face aux tensions macroéconomiques, les grandes résolutions du sommet des chefs d'Etat

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Brazzaville n'a pas été le théâtre d'un tournant, mais celui d'une confirmation. Réunis le 22 janvier 2026 dans la capitale congolaise, les chefs d'État et représentants des pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) ont acté la poursuite d'une stratégie de redressement macroéconomique déjà engagée depuis au moins 2024. Malgré une dégradation progressive des équilibres économiques et une pression accrue sur les réserves de change, la zone a choisi de renforcer les instruments existants, sans annoncer de réforme structurelle majeure susceptible de modifier en profondeur la trajectoire de l'union monétaire.

Cette session extraordinaire de la Conférence des chefs d'État, convoquée par le président congolais Denis Sassou-Nguesso en sa qualité de président en exercice, était exclusivement consacrée à l'examen de la situation économique, financière et monétaire de la Communauté. Autour de la table figuraient les dirigeants de la République centrafricaine, du Gabon et de la Guinée équatoriale, ainsi que les ministres des Finances du Cameroun et du Tchad, représentant leurs chefs d'État respectifs. Les travaux se sont appuyés sur les analyses de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), de la Commission de la CEMAC et sur les échanges avec le Fonds monétaire international (FMI).

Les chefs d'État ont réaffirmé la priorité donnée à la discipline budgétaire, à la cohérence entre les lois de finances nationales et les engagements pris avec le FMI, ainsi qu'à la poursuite ou à la conclusion de programmes économiques avec l'institution de Washington. La publication régulière des données budgétaires, la mise en place des comptes uniques du Trésor et la digitalisation des finances publiques figurent également parmi les leviers jugés essentiels pour restaurer la crédibilité macroéconomique de la zone.

Sur le plan monétaire et financier, la Conférence a insisté sur la préservation de l'indépendance de la BEAC et sur le renforcement du rôle de la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC), dans un contexte marqué par une forte exposition des banques au risque souverain. À moyen terme, les autorités communautaires entendent assainir le secteur bancaire et accroître l'intervention de la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC) dans le financement de la transformation structurelle des économies, tout en accélérant la mise en œuvre de la stratégie régionale d'import-substitution.

Dans les échanges avec les chefs d'État, l'administrateur du Groupe Afrique III au FMI a salué la cohérence globale des mesures proposées, tout en appelant les États à renforcer la coordination et la rigueur dans la gestion des finances publiques. Au vu de ce qui précède, la stabilisation durable de la zone Cemac passe selon ses Etats-membres, par une combinaison de discipline budgétaire, de réformes administratives et d'un meilleur rapatriement des recettes d'exportation, en particulier dans le secteur extractif.

Une performance macroéconomique en deçà de celle de l'UEMOA

Pourtant, sur les cinq dernières années, la croissance moyenne du produit intérieur brut (PIB) réel de la CEMAC s'est limitée à 2,1 %, selon les Perspectives économiques mondiales du FMI publiées en octobre 2024. Ce rythme est inférieur à celui de la croissance démographique régionale, estimée autour de 3 % par an, et nettement en retrait par rapport aux performances observées dans l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ou dans l'ensemble de l'Afrique subsaharienne. Pour l'Union économique de l'Afrique centrale (UEAC) réuni en session extraordinaire le 19 janvier 2026, cette dynamique réduit mécaniquement la capacité de la zone à dégager des excédents extérieurs durables, indispensables à la solidité du régime de change.

À cette croissance insuffisante s'ajoute une dégradation graduelle des finances publiques. Après un excédent budgétaire agrégé de 0,3 % du PIB en 2023, la CEMAC a basculé vers un déficit de 1,6 % en 2024, puis un déficit estimé à 1,4 % en 2025, selon les données consolidées des institutions communautaires. Les analyses présentées aux chefs d'État lors du sommet de Brazzaville pointent des politiques budgétaires jugées expansionnistes et une mobilisation toujours insuffisante des recettes fiscales hors secteur pétrolier. Dans leurs projections actualisées en novembre 2025, les autorités communautaires estiment qu'en l'absence d'ajustement rapide, le déficit budgétaire pourrait atteindre 3,1 % du PIB en 2026, tandis que le déficit du compte courant se creuserait à 1,5 % du PIB.

Mais c'est la question des réserves de change qui s'est imposée comme le cœur des inquiétudes macroéconomiques. Lors du Conseil des ministres de l'UEAC du 19 janvier, un projet de note sur les mesures de redressement a établi un lien explicite entre la stabilisation des réserves extérieures à un niveau jugé soutenable et la poursuite des programmes économiques avec le FMI. Ce document, élaboré par les institutions communautaires et partagé avec les ministres des Finances, souligne une détérioration marquée de la position extérieure au cours de l'année 2025.

Entre mars et novembre 2025, les réserves de change de la CEMAC ont reculé de 1 335,7 milliards de FCFA, effaçant en quelques mois les gains accumulés à la fin de l'année 2024 et au premier trimestre 2025. En termes réels, cette contraction correspond à la perte d'environ un mois d'importations de biens et services, selon les calculs présentés par la BEAC. Si la situation reste moins critique que lors des grandes crises monétaires de 1993 ou de 2016, la tendance observée fragilise l'ancrage extérieur de la monnaie commune et ravive les interrogations sur la soutenabilité du cadre macroéconomique actuel.

Perton Biyiha

Publié le 22/01/26 18:04

La Rédaction

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