Dans un contexte de reconfiguration politique et de montée des nationalismes économiques en Afrique Centrale, la France ajuste son logiciel diplomatique et industriel au Gabon. Selon des propos de l'ambassadeur Fabrice Mauriès largement relayés par la presse locale, Paris semble avoir acté la fin de l'ère de l'extraction brute au profit d'un engagement accru dans la création de valeur locale. Cette mutation stratégique répond à une double nécessité. D'abord s'aligner sur les ambitions de souveraineté économique portées par le gouvernement Oligui Nguéma, d'autre part de préserver les parts de marché des grands groupes français face à une concurrence internationale de plus en plus agressive.
Le secteur énergétique cristallise cette nouvelle approche de local content. L'exemple de Perenco, devenu le pivot de la stratégie gazière gabonaise, confirme cette volonté d'alimenter directement le tissu industriel national plutôt que de se limiter à l'exportation. En transformant le gaz naturel pour les centrales électriques du pays, les opérateurs français ne se contentent plus de sécuriser une ressource, ils se positionnent comme des partenaires indispensables du mix énergétique gabonais. Cette dynamique devrait s'étendre prochainement à l'hydroélectricité avec des acteurs comme EDF, dont l'expertise est attendue pour soutenir les projets d'infrastructures lourdes prévus par le Plan National de Développement de la Croissance (PNDC).
Parallèlement, la modernisation de la coopération militaire et culturelle sert de socle à cette diplomatie économique renouvelée. Le passage d'une logique de forces prépositionnées au Camp de Gaulle vers une assistance technique ciblée et le renforcement des capacités locales traduit une volonté de désamorcer les tensions géopolitiques. En investissant dans l'économie créative via la rénovation de l'Institut Français et en soutenant la digitalisation de l'État pour une meilleure gestion des finances publiques, la France tente de bâtir un écosystème d'influence plus soft, mais économiquement plus intégré au quotidien des Gabonais et aux besoins de sa jeunesse.
Par ailleurs, l'enjeu pour les entreprises françaises trouve son nœud dans leur capacité à démontrer un impact social tangible pour contrer l'influence des bailleurs émergents. L'engagement à soutenir l'emploi des jeunes, en parfaite cohérence avec le projet de société du président Oligui Nguema, devient un indicateur de performance aussi crucial que le retour sur investissement. À l'approche du sommet Africa Forward de Nairobi, ce repositionnement stratégique montre que la France ne cherche plus à protéger un "pré carré" linguistique, mais à pérenniser ses intérêts à travers une co-construction économique où la valeur ajoutée reste, pour une part croissante, sur le sol gabonais.
Idrissa Diakité
Publié le 08/05/26 12:28
La Rédaction
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